Simbad, la cordelette, et moi

Les derniers jours du mois de juin, je me suis fâchée avec Simbad en balade. J’en faisais trop, j’en demandais trop, je cherchais à tout contrôler. Avec sa patience légendaire, Simbad a attendu que je percute. Et ce jour-là, j’ai enfin lâché prise. Cette balade aux débuts difficiles, par ma faute, m’a confirmé l’envie de liberté de Simbad : mon petit cheval est responsable, sûr, brave. Je lui ai toujours fait une absolue confiance. Alors pourquoi ne pas monter en cordelette ?

Balade sur le haut des falaises en cordelette

Monter en cordelette n’a jamais été un objectif ou un besoin. Lorsque j’ai adopté Simbad, jamais je ne me suis dit : je veux monter mon cheval en liberté totale, avoir une relation extraordinaire de confiance, me balader sans selle, sans mors, pieds nus. Galoper les bras en l’air. Revendiquer quoi que ce soit. Je voulais simplement me balader et profiter de mon cheval. J’avais toujours monté avec un mors, et je savais que je détestais le hackamore à cause de mes mains trop dures et manquant de fixité.

On a parfois baladé en side, mais je manquais de finesse et de direction. On est donc resté sur un mors simple, sans pression. Et j’ai repris des cours, pour enfin comprendre ce qu’était le contact, travailler sur mes nombreux défauts – pas que les mains. Mais on avançait là-dessus.

Cet été, dans l’attente de ma nouvelle selle, j’ai décidé de ne pas avoir d’objectifs monté. Le programme, c’est simplement du TAP encadrée, et des balades pour aller respirer. Et respirer, c’est mieux à deux, sans se fâcher bêtement par ma faute, parce que je veux tout contrôler.

Cordelette et lâcher prise

J’ai toujours eu cette idée qu’en balade, on peut travailler. Et c’est tout à fait vrai. Sauf que nos balades sont généralement longues, et que chercher à bosser en permanence n’était pas l’idée du siècle. Même si je me balade souvent rênes longues, il y a des moments où j’avais soudain un objectif en tête, selon la configuration des lieux, et je me contractais toute seule. C’est d’autant plus ridicule que Simbad n’a que rarement besoin de motivation en balade.

J’ai fait un test en cordelette dans le paddock ; la marche avant était délicate, il tournait en permanence, et je voyais les points d’interrogation s’accumuler entre ses deux oreilles. Il cherchait à comprendre, était curieux. J’avais l’arrêt, la direction, et le reculé ; je me suis dit que je tenterais en balade. Le lendemain, on partait à deux, et à part quelques moments “oups”, rien à signaler.

Balade en solo et Simbad curieux

Alors j’ai fait ma première balade seule en cordelette. Avec le licol étho et les rênes en coton, au cas où. Je n’y ai pas touché, et on a marché, trotté, galopé sans aucun souci. Simbad réagit très bien à la voix, ça aide. Mais je n’avais pas de doute, aucune appréhension. Je savais déjà. Et je commençais à me demander pourquoi je ne l’avais pas essayé plus tôt.

Probablement parce que ce n’était pas le moment, parce que je n’étais pas prête. Lui l’était depuis un moment. Mais il faut être deux pour être à 100%.

Les différences en cordelette et en mors

Résumons : avec Simbad, il n’y en a pas.

Ah, si : il chope un peu plus de touffes d’herbes et de feuilles, mais en mouvement, donc ça ne me pose pas de souci.

Le laisser libre de son encolure ne l’a pas rendu différent, c’est absolument le même poney. Il ne profite pas de sa liberté pour régler des comptes – apparemment, il n’a rien de particulier à me reprocher. Pourtant, il pourrait !

Simbad, fils de la forêt.

Attendez, en fait si, il y a des différences. Positives. On part enfin au galop sur le pied demandé, sans que je m’agite, ce qui m’évite les coups de dos en mode “tu me saoules, tu fais n’importe quoi !” à cause de ma dissymétrie. Il a plus d’équilibre. Et moi ? Je me sens mieux. Beaucoup plus verticale, les épaules ne partent plus en avant, je suis à ma place. Je comprends enfin la sensation de mettre du poids dans ses talons.

C’est loin d’être parfait, mais la cordelette est en train de devenir une belle étape pour moi en terme de position, de lâcher prise, d’équilibre. Le chemin reste très long, mais ce premier effet a été immédiat. L’autre effet positif est que cela m’oblige à utiliser davantage le poids de mon corps, et mes jambes ; et Simbad est plus attentif. Ça m’a débloqué, car j’avais tendance à compenser mes faiblesses par une action de main. L’étape est intéressante, du coup, et j’ai hâte de reprendre le travail sur le plat à la rentrée pour voir si cela a changé certaines choses.

On a sautillé en cordelette aussi. Il est bien passé à côté une fois, mais sur 4 ou 5 sauts, aucun problème. Simbad est franc du collier, et il trouve du confort à cette nouvelle habitude.

Patates volantes !

On est allé à la plage en cordelette, avec Sinji. Sinji qui fut le dragon qu’il peut être à la plage, complètement siphonné – Simbad, lui, n’a pas bougé une oreille. Certes, dans le “mauvais sens” il zigzague toujours un peu, mais presque moins qu’avec un mors – et surtout, je recadre sans m’énerver.

On a fait de longues balades sans qu’à un seul instant il ne se mette en danger, ou m’oublie.

On a eu une petite discussion sur un chemin où il préférait faire la biquette ; il n’a pas non plus tenté de se soustraire ou de me faire une crasse. Simbad reste Simbad. En mieux. Même quand il pète la forme comme cet été.

Et moi, je suis probablement un peu moins imbuvable.

Cordelette, la suite ?

Il me reste quelques choses à tester : la cordelette en solo à la plage, à marée basse, ce sera peut-être un peu plus “sportif” côté retour vers la maison. Mais je ne suis pas inquiète. Il ne fait pas de crasse, il est simplement plus rassuré et donc volontaire, actif, de ce côté. J’ai souvent mis pied à terre avec lui à la plage, pour faire une jolie photo, et jamais, jamais, il n’a décidé de rentrer sans moi.

J’aimerais aussi tenter de faire un peu de plat en cordelette, histoire de voir. Je crois que c’est un apprentissage intéressant pour travailler certaines choses, pour la réactivité à la jambe.

Je monte en cordelette et en stick, et j’espère un jour pouvoir également me passer du stick. Même s’il m’est surtout utile pour écarter les ronces et tenir les chiens à distance (voire les humains), il est aussi ma béquille oublie que je lui demande de bouger ses épaules.

À droite, copain !
Photo : Pauline Ménez

Mais nous n’en sommes qu’au début.

Je ne suis pas fermée, je ne sais pas ce que demain nous réserve, et on continuera à bosser en mors sur le plat ; je ne cherche pas à prouver quoi que ce soit. Je ne monterais probablement jamais Sinji en cordelette, par exemple. Je m’adapte, et je fais au fil de l’eau, là où le vent nous porte, là où Simbad veut poser les sabots.

Je respire.

Et j’admire la vue. La plus belle vue du monde, avec ses jolies oreilles bicolores, sa tête blonde, ses crins noirs et blanc, sa bouille toute nue.

Les idées de Simbad sont toujours les meilleures. Toujours.

2 Comments

  1. Toujours aussi bien écrit, et une si belle relation.
    J’adore lire cette évolution, comment votre chemin a avancé, et que vous avez réussi à vous comprendre. Et peut-être aussi une histoire qui alimente mes réflexions sur ces choses que je n’ai pas encore osé faire avec ma jument…

    • musards

      Ce qui est très important pour moi, c’est de ne jamais être dogmatique. Et une seconde chose importante, c’est de ne pas être frustré·e de ne pas faire telle ou telle chose.
      J’ai longtemps cru que je pourrais faire certaines choses avec Simbad, qui ne sont jamais possible. Je voulais sauter, mais saute comme une patate, moi aussi. Du coup on “sautille”. Je voulais faire de l’endurance (juste des 20) mais je le vois mal là-dedans. Je voulais faire du cross, mais on a pas l’entraînement pour.
      Et puis j’ai cessé de “vouloir” pour écouter et essayer de faire les trucs qui lui plaisaient. D’écouter un peu plus. Et Simbad étant Simbad, et bien, il a plein de choses à suggérer.
      D’autres chevaux ne le feront peut-être pas, de part leur caractère, leur histoire… Je ne me verrais pas monter Sinji en cordelette, je le dis souvent. Mais après tout, qui sait de quoi demain sera fait ?
      L’important c’est de prendre son temps et d’écouter. Et je suis sûre que vous le faites 🙂 Sûrement même mieux que moi.

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