Simbad, 100% confiance

La confiance entre chevaux et cavaliers, beaucoup en parlent, beaucoup en rêvent… mais concrètement, cette confiance prend une signification très différente selon les couples ! Pour certains, ce sera le mental guerrier sur un terrain de cross, l’impression d’être un-e centaure, pour d’autres ce sera à pied, et le sentiment de ne faire qu’un avec son cheval, le voir bouger avec soi ; pour moi et Simbad, c’est avant tout une histoire de liberté & d’indépendance qui en fait, depuis bientôt 4 ans, mon parfait compagnon d’extérieur.

Ce sujet sur la confiance nous est proposé par Cavali’Erre ce mois-ci, dans le cadre de la Cavalcade des blogs. Je vous invite à découvrir son blog, qui parlera à toutes celles & ceux qui aiment l’équitation & le voyage !

Simbad, un poney confiant en lui-même

Simbad a toujours été un petit cheval très indépendant, avec une grosse dose de confiance en lui. Il connait parfaitement nos limites en tant qu’humains, et ne nous met jamais sur un piédestal ; il peut tout à fait s’appuyer sur nous, mais il faut gagner son respect, son écoute (un challenge quotidien vu sa concentration de bulot !), et mériter sa confiance.

Au début de nos balades, c’est lui qui m’a poussé au-delà de nos limites. Parce qu’il détestait les demi-tours, j’ai dû oser les boucles ; puisqu’il se lasse très vite de ce qu’il connait, j’ai du m’aventurer plus loin. Ajouter des km aux circuits habituels. Trouver d’autres itinéraires. Explorer, et faire un maximum de hors piste.

Qu’est-ce qu’on a l’air téméraires lors de notre première sortie à la plage, hou la la ! (notez le style british 80s de ma bombe) (et le gros c** de Simbad !)

Et c’est lui, qui au départ, m’a pris en charge. C’est lui qui m’a baladé ; lui qui me montrait lorsque le terrain était bon, ou inégal ; lui qui me disait qu’ici, c’était trop inquiétant ; lui qui me suggérait de nouveaux itinéraires. Je me suis laissée portée à son rythme lent, développant petit à petit mes propres envies d’aventures. J’ai suggéré de plus en plus, je me suis creusé la tête sur mes cartes pour aller plus loin ; au fur et à mesure, nous avons commencé à coopérer dans ce qui nous tentait le plus, l’extérieur.

D’aventures en péripéties

De 2 km à 5, 7, 10, 15, 20, 25… Il s’en est passé des choses en presque 4 ans. Et heureusement très peu de grosses frayeurs qui auraient pu laisser des traces. Je ne compte que 5 chutes : 4 pour moi (dont 2 le même jour, oups), 1 pour le poney, et aucune de grave. La première m’a appris que quand Simbad était vraiment surpris, ses demi-tours seraient délicats à gérer. Mais aussi que lors d’une frayeur, son instinct n’était pas de prendre la fuite, mais de laisser retomber la pression à quelques pas. Les deux suivantes, que c’était une sacrée caboche quand il avait envie de lever les fesses. La 4ème, que les ânes, fallait vraiment pas forcer. Toutes ces chutes m’ont aussi appris que je tomberais probablement toujours du même côté, de la même manière, et toujours accrochée aux rênes pour ne surtout pas perdre mon poney.

Il y a eu de sales périodes où j’ai trop forcé sans l’écouter et où j’ai dû apprendre à gérer ses fameux demi-tours devant les vaches, ou ses démarrages plein cul quel que soit l’obstacle devant à cause de lamas. On remercie Sinji de ne même pas broncher quand Simbad lui saute dessus.

Aaaah, une vache ! (mais elle est rousse avec Simbad est ok)

Mais globalement, nos mésaventures sont souvent venues de mauvaises rencontres ou de situations inattendues en extérieur. Et puisqu’on doit arriver à au moins 2000 km en solo tous les deux depuis 2014, on a eu le droit à quelques frayeurs. Des sentiers étroits qui se terminent en piège pour les sabots, des arbres tombés, se frayer un chemin parmi les ronces, fuir un chien agressif… on a eu de tout. Du bénin à l’incident qui se termine sans trop de bobo. On en a exploré, des chemins qui avaient l’air chouettes et qui se sont avérés plus compliqués que prévu… on en a affronté, des bestioles peu coopératives ou juste trop joyeuses. À chaque fois on s’en est tiré sans problème, à chaque fois Simbad a réagit avec calme et intelligence.

Comme cette fois où bloqués dans un ruisseau d’un mètre de large, avec un chien plaqué au sol devant nous et extrêmement agressif, sans possibilité de faire demi-tour en toute sécurité, j’ai regardé le talus et qu’il a immédiatement choisi de le grimper – un bon mètre en extension d’un coup, sans même trembler ; cette fois où j’ai du lui faire une confiance aveugle, plaquée sur son encolure, pendant qu’il choisissait le chemin le plus sûr ; cette fois où j’ai eu si chaud que ma tension baissait jusqu’à être sans force, les yeux fermés, et où m’a ramené d’un pas tranquille jusqu’à la maison ; cette fois encore où on est parti sur des routes inconnues et qu’un chiot jeune et bête faisait des bonds sous son ventre sans vouloir nous lâcher… toutes ces fois où il ne s’est rien passé de grave, parce qu’il s’est contrôlé, qu’il est resté d’un calme olympien, qu’il a géré comme un chef. Ces balades aussi où c’est moi qui l’ai protégé alors que je n’en menais pas large ; qu’il sentait à la fois mon envie d’en découdre et mes jambes qui tremblaient, mon cœur qui cognait contre ma poitrine. Contre des automobilistes abrutis, qu’on a heureusement peu croisé, ou contre des chiens (encore une fois !) de chasse un peu concons qui ont eu du mal à se maîtriser et qu’il a fallu “impressionner”.

Des histoires comme ça, il y en a des dizaines ; à vrai dire, chaque balade a son lot d’imprévus, quand on part plusieurs heures. Même sur les chemins connus… Tout ça nous a soudé, car nous avons eu la chance de pouvoir apprendre à gérer l’un avec l’autre sans nous faire peur, et sans nous faire mal.

Je l’ai emmené partout où j’avais envie d’aller, sans me limiter en me disant que peut-être, il aurait peur… parce que je sais qu’il est courageux et sage. Alors on est allé voir les feux d’artifice sur la plage, à cru. On a joué avec le feu, aussi… de bien des manières.

Gros chat curieux.

On a appris à se balader de nuit, sur chemin comme en forêt, à écouter les bruits dans les feuillages et voir de petits yeux briller derrière les buissons…

Frrt frrt ?

Il y a un équilibre à trouver entre la prudence qui est essentielle, et risquer de devenir timoré-e en traitant son cheval comme une fleur fragile et incapable de gérer ses émotions. Toutes les natures ne se prêtent pas aux mêmes exercices, bien sûr, à chacun-e de trouver ses limites. Nous… on en a tout simplement pas, jusqu’ici. Pas dans ce domaine, en tout cas.

Obtenir la confiance… en accordant la sienne

Au bout de quelques mois avec Simbad, une fois la mauvaise période “tu vas manger du sable” passée – il a fallu mériter ma place de leader en donnant un peu de ma personne… surtout en public… -, je me souviens très bien avoir eu un déclic : j’ai décidé, consciemment, que Simbad aurait dorénavant ma confiance pleine et entière. Absolue.

Je ne sais pas vraiment l’expliquer autrement, j’ai juste décidé qu’il aurait ma confiance, parce qu’il la méritait amplement. Et ce lâcher-prise s’est ressenti dans mes actes de façon immédiate : j’ai cessé de le surveiller comme le lait sur le feu au cas où il fasse une bêtise, se blesse, s’en aille… j’ai cessé d’exiger qu’il fasse exactement ce que je décide au millimètre près. Je ne savais pas, à l’époque, qui il était vraiment, ni ce que c’était qu’écouter son cheval, essayer de le lire. Mais ça a été le tout premier pas de quelque chose de tout à fait différent de ce que j’imaginais. Ce n’était plus mon cheval : c’était Simbad.

Je me suis aperçue, au fil du temps, qu’il n’attendait que ça. Lui lâcher la grappe, le responsabiliser, être zen à ses côtés, se sentir en confiance, est ce qui lui a aussi permis de se débloquer. C’est un petit cheval qui supporte de toute manière assez mal la contrainte, et n’a aucun respect pour la hiérarchie. De là à dire qu’on a quelques points communs…

Le laisser vaquer en liberté pendant que je fais autre chose, que je vais explorer, que je prends une photo… est notre habitude. Plus je lui laisse d’espace et de temps pour lui, mieux on se connecte.

J’ai fait le premier pas, et il m’a rejoint immédiatement sur ce chemin. Il m’a accordé sa confiance en retour. Par de toutes petites choses qu’il fait sans cesse, sans avoir l’air d’y toucher. Simbad n’est pas du tout un cheval démonstratif : c’est un poney discret. Il sait se faire comprendre… à qui veut bien l’écouter. Il n’est pas du genre à hennir en me voyant ou à galoper depuis le fond du pré ; mais quand j’arrive, il ronronne. Même quand on s’est pris la tête ou que la séance de la veille était difficile physiquement ; même quand on a fait 25 bornes. Qu’il pleuve ou qu’il vente. Il me fait assez confiance pour oser froncer les naseaux, montrer qu’il est irritable, lorsqu’il a mal ; avant, il prenait sur lui et attendait que ça passe. Il y a des dizaines d’infimes choses comme celles-ci, sa façon d’apprécier mes massages alors qu’il n’est absolument pas câlin. Il a mis presque 3 ans à accepter que je le gratte et à exprimer son contentement. Lorsque je l’ai vu faire sa tête de chameau, j’étais aussi heureuse qu’un enfant qui découvre la mer…

Allez, on s’en va explorer en liberté !

Depuis quelques mois, lorsqu’on rentre de balade, on a ce rituel ; je sors mes pieds des étriers, et il s’arrête ; je descends, je passe mes rênes dans une étrivière, je désangle un peu, et on avance côte à côte. C’est un chemin qu’il n’aime pas particulièrement, il y a un croisement qu’il déteste ; la cabane des enfants qui l’inquiète, la shetland qui lui fonce dessus suivie des biquettes sauvages, les ombres derrières les fenêtres, les gens derrière les haies. Il regarde, surveille. Un jour une biquette l’a surpris en sortant d’un buisson ; il a fait un violent écart qui l’a fait sauter de ma droite à ma gauche, en passant derrière moi. J’ai ri ; c’était vraiment une frayeur un peu ridicule. Il a ronflé et s’est replacé à ma droite, l’air un peu vexé. Il essaye parfois de chiper une touffe d’herbe, j’autorise ou je dis non ; il écoute et respecte. Parfois je me mets à trotter, alors il trottine en ronchonnant un peu. Dimanche, il était très inquiet parce qu’il y avait du monde dans la maison et qu’il entendait des enfants crier derrière les fenêtres ; j’ai posé légèrement deux doigts sur son encolure, sous la crinière, à l’endroit qu’il préfère. Il a baissé la tête, fermé un peu les yeux, et soupiré.

Pour cette bouille-là, cette tête de poney curieux et content, même après un tour de 17 km en solo.

Ce sont tous ces petits détails invisible, inaudibles, intraduisibles mais que l’on ressent profondément, parfois viscéralement avec les chevaux qui marchent à nos côtés de longue date.

C’est une des choses que Simbad m’a le mieux enseigné : à vous qui cherchez à obtenir la confiance de vos chevaux, n’oubliez pas qu’il vous faut avant tout mériter la leur, et accorder la vôtre.

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