L’appel du large

Prendre le large. Déguerpir, tailler la route, faire son petit bonhomme de chemin, divaguer. Prendre ses cliques et ses claques, se faire la malle, explorer, plier bagage. Se faire la belle, la fleur au fusil, mettre les voiles. Musarder. Certes, Simbad est un sacré numéro et la lenteur de son pas me met plus souvent en boule qu’elle ne me berce ; mais s’il y a quelque chose que l’on partage, c’est ça. Cette envie de partir et d’explorer, sans cesse. Aller voir ailleurs, découvrir. Trouver de nouveaux chemins. Ne pas s’arrêter, parce qu’au-delà du virage il y a un monde à découvrir. Faire quelques pauses pour admirer le paysage, ne pas savoir où nos pas vont nous mener, ou si la route mérite qu’on la suive. Ne pas savoir, souvent, si on a vraiment envie de rentrer.

J’ai ça en moi, je l’ai toujours eu, et les années qui passent ne semblent pas calmer cette irrépressible envie de prendre le large, mettre les voiles, larguer les amarres – avoir appris à marcher sur un bateau n’a pas du aider. Ce que la voile ne me donne plus, le cheval lui me l’offre sans cesse. Ce petit bout de cheval, ce Simbad ébouriffé et ronchon, dont moi seule voit les yeux vifs, alerte, les oreilles pointées devant, au pas, au trot, au galop. Cette volonté exclusive, qu’il n’offre qu’à moi.

Il y a quelques jours, j’ai fait une balade courte : juste du bois, pas très loin. On s’est fait plaisir en alternant les allures dans un sous-bois où il faut se frayer un chemin sous les branches, entre les fougères et les ronces, les troncs morts, les pièges du sol meuble. Il faisait beau et bon. Il avait été génial la veille sur le plat, alors ce petit bout de balade c’était une façon de juste se faire plaisir, en récompense, de rester sur cette bonne note. 1h30, quand même, mais c’est assez court pour nous. Alors on est rentré, en liberté comme d’habitude. On a même croisé d’autres chevaux, qui rentraient à l’écurie. Et Simbad, au moment de passer le portail, s’est arrêté. M’a regardé. Et a attendu.

Elle est émouvante pour moi, cette photo. Elle illustre sa personnalité. Voilà Simbad. Les oreilles et le regard fixé dans le mien, avec cette question : “On repart ?”

Je suis émue quand je regarde le cliché et quand je pense à ce moment, parce que c’est ce qui nous lie le mieux. Prendre la poudre d’escampette – à petite vitesse, d’accord, mais sur des kilomètres et des kilomètres. Seul Sinji l’intéresse, mais il abandonnera tous les autres chevaux, il me suggèrera tous les chemins pour se séparer d’un groupe ; il est si heureux quand on prend un nouvel itinéraire pour explorer d’autres pistes et sentiers. Je peux partir avec lui, faire 20 ou 25 km, il ne râlera pas, il ira vaillamment, il sera allant jusqu’au bout, ne faillira jamais, ne montrera aucun signe d’impatience, n’ira même pas plus vite sur le chemin du retour.

Jamais je ne l’ai vu ronchonner pour partir, même quand on s’était engueulé la veille. Jamais il n’a voulu rentrer, même quand il a du me porter dans tous les sens du terme. Jamais il n’a voulu faire le chemin sans moi, même si je méritais 10 fois qu’il me largue au bord de la route.

Ce poney me mène par le bout du nez, parce que j’ai envie de me faire emmener. On fait un drôle de duo, moi l’énervée, lui le stoïque, sur les chemins de nos vadrouilles.

Je vous partage quelques chouettes moments de nos plus belles balades en photos ; je n’en ai que peu de son année d’arrivée, en 2014, mais on s’est bien rattrapé ensuite. J’ai hâte de poursuivre mes aventures avec Simbad, mon incroyable minuscule zouave baroudeur.

2015

2016

2017

2018 commence à peine… mais je sens déjà que quoi qu’il se passe, ce sera un excellent cru.

8 Comments

    • musards

      Ce n’est pas du tout un choix, surtout que Simbad avait été rebaptisé avec un nom de poney de club au départ ! J’ai découvert son nom d’origine sur ses papiers. Un véritable hasard…
      C’est un bon bilan en terme d’extérieur oui, et j’espère bien que ce n’est que le début !

  1. Mikaël

    Si l’on accepte l’idée que les chevaux entrent dans nos vies pour nous faire grandir, peut-on suggérer que Simbad te montre, te démontre que l’exploration du monde peut se faire dans la lenteur?Pourquoi aller voir ce qu’il y a derrière le virage s’il y a encore énormément de chose à découvrir là où l’on est? Est-il en train de dire que la lenteur nous permet un ressenti plus subtil de ce que peut nous offrir notre environnement? Se poser, respirer, ressentir nous permet de nous centrer, ce qui est, je pense, indispensable pour apprécier les petites choses de la vie, ressentir et apprécier le simple regard que Simbad pose sur toi, ressentir et apprécier lorsque Simbad te dit que c’est chouette ce que vous faites ensemble et donc ressentir et apprécier qui tu ES.

    • musards

      Je pense qu’il ne faut pas se concentrer sur la lenteur de Simbad. Simbad n’est pas “lent” de nature. Il est calme. Il a un problème à une allure en particulier, qui est le pas ; certes certains chevaux sont plus lents ou rapides que d’autres, mais chez lui, je ne pense pas que ce soit “de nature”. Je sais qu’on peut réellement l’améliorer, il y a du progrès. Et je le ressens particulièrement car Simbad n’est absolument pas lent ni au trot, ni au galop. Certes il n’a rien d’un pur-sang, mais il est tout à fait capable de suivre le rythme et même de dépasser des chevaux bien plus grands que lui. Et l’extérieur n’étant pas une course, de toute manière…
      Je parle souvent de la lenteur de son pas car je suis certaine qu’il y a quelque chose à faire ; ce n’est plus vraiment une source de frustration, depuis qu’il se porte. Juste un challenge.

      Lorsqu’on part pour 15 km ou plus, on le fait de toute façon à un rythme très cool. Nos 25, ce sont des explorations : on fait des pauses, on regarde le paysage, je marche à côté, on s’arrête pour regarder les cartes… en moyenne, on fait du 5 km / h. Et j’admire le paysage, j’en profite autant que lui.

      Simbad n’est pas lent ; et je ne suis pas impatiente au point d’être aveugle au reste. Ce serait nous faire, l’un et l’autre, un bien mauvais procès 🙂

    • musards

      Pas de mal. Je me rends compte de l’image que je véhicule ces derniers temps, et elle n’est pas jolie non plus.
      Justement, cet article voulait exprimer ce que je ressens réellement quand je suis seule avec Simbad, et il n’y a que du positif.
      Apparemment, je n’ai pas su le retranscrire correctement. Je retenterai.

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