Bientôt deux ans de pieds nus : alors ?

En décembre, cela fera deux ans que Simbad & Sinji sont pieds nus. Si le passage vers le sans fers n’a pas été simple tous les jours, je ne regrette absolument pas ce choix qui a sauvé les pied et les aplombs de mes chevaux (enfin, autant que faire se peut !). Mais il n’y a pas eu que le déferrage… il y a tout ce que j’ai appris sur mes chevaux, leur mécanique, leur alimentation, et le reste !

Notez que je ne parle que des mes chevaux et de mon expérience : pro ou anti-fers, c’est un débat qui ne m’intéresse guère. Mais on m’avait souvent déconseillé de déferrer, parce que mes chevaux ne marcheraient plus, que je ne pourrais plus sortir comme avant, que je verrais bien et que j’y reviendrais… alors… voilà comment ça s’est passé pour nous. Spoiler : pas trop mal !

Pourquoi pieds nus, d’ailleurs ?

On ne décide que rarement de passer ses chevaux pieds nus comme ça sur un coup de tête : en général, quelque chose ou quelqu’un nous y amène. Pour mes gros, tous les deux ferrés des quatre, ce fut assez simple… Simbad traînait depuis des mois une fourmilière qui se propageait sans qu’aucun traitement n’y fasse grand chose ; et en prime, il usait ses fers en traînant des pieds. Sinji lui commençait à nous sortir une grosse boiterie après certaines sorties.

J’avais fait passer un véto pour Sinji, qui après examen locomoteur et radios n’avait pas réussi à déterminer la cause. Sans diagnostic il m’avait conseillé des fers egg bars et du repos, ainsi qu’un séjour au box pour qu’il ne marche pas trop. Si j’ai eu la naïveté de croire aux fers dans son cas, le box était pour moi hors de question… Mon maréchal n’était pas franchement convaincu par les eggs bars mais soit, on a tenté. Il m’en reparle encore, deux ans après… Résultat, au bout de quelques semaines lors d’une balade toute simple, Sinji qui est fort serré devant s’est marché dessus – et a tout arraché, fers, corne, la totale. Pas de bobo, mais impossible de laisser comme ça.

Là ça commençait sérieusement à me brouter le chou, donc on a discuté avec mon maréchal : selon lui, ça ne serait pas plus mal de les passer pieds nus, au moins le temps que ça se refasse un peu pour Sinji, et qu’on traite la fourmilière de Simbad. Alors en décembre 2015, ça y est : on déferre.

La seule fois où Simbad a perdu un fer au pré. Je suis contente de ne plus avoir à me préoccuper de ce genre de choses !

Pieds nus en plein hiver

Certains disent que l’hiver est une bonne saison pour déferrer. Pour le cavalier ou la cavalière, oui, peut-être, si on ne sort pas à la mauvaise saison ; pour les chevaux je ne suis pas sûre. Ça dépend des sols et de la région, mais pour nous en Bretagne, un hiver humide sur des pieds nus tout frais, c’est la fête de la fourchette molle. Donc des pieds sensibles ! Et s’ils ne bougent pas trop hors de leur pré, quand ils refont connaissance avec les cailloux, ouille.

Nos chevaux sortent tout le temps, donc pour nous pas de souci ; cela dit les premières balades ont été forcément plus compliquées. Ils n’ont jamais eu d’abcès ou de soucis particuliers, mais le premier parage de mon maréchal est assez timide : il y a encore trop de pince, le parage est un peu à plat, les talons pas au top. Du coup, inévitablement sur nos chemins où la boue cache de gros cailloux, ça casse un peu, ça fendille. Sinji, qui a pourtant les sabots les plus beaux, nous fait seime sur seime. Rien qu’un coup de râpe ne saurait résoudre, mais quand même, ça m’embête.

Durant l’hiver, je continue les soins pour la fourmilière de Simbad. Je conserve exactement les mêmes produits qu’avant et… elle disparait en 3 semaines ! Voilà déjà une bonne chose de faite. Simbad reste très sensible en balade, évite les routes, préfère le bas côté en herbe, n’avance pas un cachou sur les cailloux. Sinji lui est très déséquilibré sur les sols qui font un peu mal, mais ses sabots sont quand même pas mal : corne épaisse, belle ligne blanche, fourchette large, sole forte… Il suffit d’un peu de patience.

On continue nos balades. Les pieds nus ne nous empêchent jamais de sortir, on fait simplement attention, et un peu moins d’allures sur les terrains compliqués. On apprend finalement à ne pas forcer et à mieux écouter ce qu’ils ont à nous dire. Ce n’est jamais un mal…

Au pire, on va à la plage : le sable c’est doux pour les petons !

2016 : coup de râpe maison et hipposandales

Début 2016, pas tellement de changement côté pieds nus : on continue les balades sur tous types de sol et je sens les chevaux plus à l’aise. Sinji néanmoins continue à nous fait des seimes, jusqu’à tout casser en mai 2016. Il faut barrer, ce qu’on ne souhaitait pas, et tout le morceau casse.

Ouille ! La plus belle seime + corne cassée de Sinji, magique.

Bien que les chevaux soient parés toutes les 8 semaines, mon maréchal me suggère de commencer à manier la râpe entre ses passages, afin que je puisse gérer au mieux les petites seimes quand elles arrivent et refaire régulièrement le chanfrein. Les sabots de Sinji et de Simbad sont souvent tout déformés en extérieur, ça bouge beaucoup… mais on ne désespère pas.

Parer soi-même, à la cowboy… une aventure, mais avec des chevaux patients ! (depuis, j’ai acheté des gants, et appris à tenir ma râpe)

Après cette seime monumentale, d’ailleurs, Sinji n’en refera plus du tout. C’était la dernière, enfin ! Par contre ils vont mettre bien plus de temps pour retrouver une jolie forme de sabots. C’est souvent tout déformé, moche, fourchettes pas au top…

J’ai des hipposandales pour les aider, des Jogging shoes par Equine Fusion, pas mal sur Simbad mais ça tourne chez Sinji, et puis ça se gorge de flotte au passage des rivières, de sable… ça devient lourd et ça met des jours à sécher, les scratchs sont sales, bref, je ne les mets que peu.

En octobre je décide de commander des Scoot Boots, dont j’ai entendu grand bien. Top pour Simbad, pour Sinji ce n’est pas mal mais il a une forme de sabot un peu ovale donc elles tiennent moins bien. J’abandonne rapidement, par contre Simbad va garder les siennes tout l’hiver 2016, pour la plupart de nos sorties.

Les pieds ne sont pas encore top, ça bouge beaucoup, et les fourchettes de Simbad c’est toujours la cata. Je m’arme de Hoof Stuff, Artimud… mais c’est simplement pour l’aider, car au fond, le truc qui cloche, c’est son état de santé général. Il a puisé dans ses réserves les mois précédents, sa crise d’arthrose de l’été l’a laissé dans un état pitoyable, il est maigre, fatigué malgré sa ration et le CMV ; les pieds s’en ressentent forcément.

2017 : on y arrive !

L’année 2016 ne nous ayant décidément pas tellement porté chance, on arrive plein d’espoir en 2017… Et on change beaucoup d’habitudes. De lieu d’abord, de terrains donc, et d’alimentation ! Je commence à y voir plus clair.

On met moins souvent les hipposandales, le maréchal gère bien mieux leurs pieds : il ne touche plus à la fourchette, la sole n’a pas besoin d’être ennuyée non plus, et il connait leurs aplombs particuliers. Moi je passe un coup de râpe au besoin, mais bien moins qu’avant ; tout ce qui était “mauvais” dans leurs pieds est parti. L’historique est effacé, on repart sur de très bonnes bases. Leur arthrose ne s’en porte que mieux, puisqu’ils sont parés régulièrement en fonction de leurs aplombs ; j’ai de la chance d’avoir un maréchal et une vétérinaire qui bossent de concert.

Si je résume, ce qui nous a aidé à passer pieds nus c’est :

  • de continuer à sortir sur des sols variés, à leur rythme
  • d’être soutenu et compris par un maréchal compétent et pédagogue, sans a priori, qui a su s’adapter à nos chevaux et améliore son parage à chaque fois, et par une vétérinaire spécialiste locomoteur au top qui n’est ni pro ni anti
  • de faire des parages réguliers, quand c’est nécessaire : jamais plus de 8 semaines !
  • de revoir leur environnement : chez moi, ils vivent en sous-bois, et leurs pieds sont au top
  • de soigner leur alimentation : foin en quantité (quasiment à volonté), ration adaptée, CMV
  • de les aider au départ avec de bonnes hipposandales
  • de marcher, marcher, marcher !

(et un Simbad en mode “j’ai pas enviiie c’est mouillééé”)

Je vois la différence entre Simbad et Sinji : Sinji a de base de bien meilleurs pieds, avec une belle forme de sabots, une corne forte et une fourchette au top. Pourtant il reste plus sensible sur certains terrains que Simbad, qui lui a toujours des fourchettes complètement riquiquis ! Sortir très souvent aide Simbad à avoir de superbes pieds nus, avec une corne dure comme de la pierre, une belle ligne blanche, une sole pas trop mal. Seule la fourchette nous pose encore souci, mais ça viendra.

Si on avait pu s’éviter les soucis de santé de Simbad, on aurait mis bien moins longtemps à avoir des pieds corrects : Sinji lui n’a mis que 6-7 mois à retrouver un sabot harmonieux. Mais on ne choisit pas…

Pieds nus : on continue ?

Mille fois oui !

Certes, on ira pas faire des endurances dans des terrains compliqués, pas sans chaussures pour poneys en tout cas. Certes on ira pas non plus galoper plein cul dans les cailloux. Mais honnêtement, est-ce que c’est une super idée à faire même si son cheval est ferré, de toute manière… ?

Aujourd’hui Simbad passe partout, ralenti à peine, et ne choisit plus systématiquement les bas-côtés ; ses sabots poussent de plus en plus vite, même l’hiver, et dans le bon sens. Je n’ai pas à me soucier d’arriver en fin de ferrage, ou passer 1h à scruter le pré pour un fer perdu. Je ne crains pas les blessures s’il y a un peu de castagne (d’accord, entre les deux vieux copains, y’en a jamais), ou pendant un transport. Et au final, j’économise : ils sont parés toutes les 8 semaines, comme avant, mais je ne paye plus le ferrage.

On arrive cette année à nos 1000 km… pieds nus ! Et sans jamais un bobo. Alors oui… on continue !

5 Comments

  1. J’ai adoré lire ton témoignage. Quand un cheval a été ferré, pas si simple le retour au naturel. Et tu as bien compris qu’il fallait voir le problème plus globalement (parage, alimentation, marcher sur tout type de terrain…).
    Avec ma ponette, je triche un peu, elle n’a jamais été ferrée! Mais j’applique les mêmes principes. Même en vivant au pré, ce n’est pas suffisant pour stimuler son pied donc balade sur terrain pas toujours lisse, CMV et parage régulier 🙂

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