D’en haut jusqu’en bas

Musarder, est-ce assez ? J’aurais tendance à dire que oui, la plupart du temps, c’est bien suffisant. Surtout quand on a des chevaux fiables, braves et gentils. Pourtant, ça ne veut jamais dire que tout est gagné… Il y a parfois grosse régression, et il faut reprendre les bases, et surtout comprendre. Comprendre pourquoi diable ce poney tellement cool vient de me coller par terre avec son classique demi-tour auquel je n’ai jamais su résister. Et que je n’avais pas expérimenté depuis plus de deux ans…

Changement d’environnement & de comportement du cheval

Il y a 3 semaines, nous avons changé de pension. Et les poons sont passé d’un environnement qu’ils ont toujours connu chez nous, que ce soit à la maison ou chez les voisins, à un “quartier” totalement différent. Et donc avec des extérieurs qu’ils n’avaient jamais encore découverts.

 

Ouh la la, ils ont l’air très malheureux les poneys ici !

Comme ils ont toujours été très braves, je ne m’étais pas tellement posé la question de l’acclimatation. On les a laissé tranquilles quelques jours pour voir comment ils se faisaient à la maison, et puis 4 jours plus tard, j’ai pris Simbad pour un mini tour. Et je me suis retrouvée avec le classique poney qui ne veut pas partir en balade tout seul. Hennissements sans interruption, alors qu’il n’est pas du genre à couiner ; mauvaise humeur avec secouage de tête façon petit con ; et cheval monté sur ressorts, avec absolument tout qui fait peur, de la plante qui bouge à l’outil abandonné dans le champ en passant par les portails – quelle que soit la couleur, cette fois.

Retrouver ses marques…

Aider un cheval qui n’a que peu été dehors, ça ne me dérange pas. Je peux prendre tout le temps que je veux, y aller mollo, passer 10 min à regarder un brin d’herbe, descendre s’il le faut – je m’en fiche totalement. Je n’ai pas de train à prendre – et si c’est le cas, je ne vais pas monter à cheval. Mon objectif est toujours d’avoir une monture agréable, franche, et à l’aise en extérieur. Et curieusement ça ne se fait pas en un claquement de doigts.

Par contre la différence entre le Simbad habituel et celui que je découvrais dans la pension m’a fait bizarre. Je ne l’ai pas reconnu : jamais il n’avait été aussi peureux, aussi inquiet, aussi mal à l’aise. Même à ses débuts à la maison, alors qu’il ne connaissait pas l’environnement non plus. Jamais de hennissements, pas de secouage de tête – en tout cas pas quand on partait seuls, étrangement. Et là… Changement d’environnement, changement d’alimentation, changement de comportement. C’était simple, mais ça restait déstabilisant.

Quand ton poney a tellement la trouille que ta visibilité est nulle…

Du coup je n’ai pas particulièrement pris le temps de tout montrer ; je l’ai laissé cool pour regarder les choses qui faisaient peur, mais je lui ai autant demandé d’avancer car je sentais qu’entre les hennissements et le mode frein-à-main, si je ne lui rappelais pas que le but c’était quand même d’avancer, on allait jamais quitter le portail de la pension. Donc on a trotté, on a patienté, je me suis moquée de lui quand il avait peur d’un truc ridicule et j’ai pris le temps de le rassurer quand on passait des choses qui, je le sais, l’angoissent habituellement.

La cavalière qui perd patience

Et puis on est arrivé du côté d’un pré où il y âne et biquette. Le combo. Un gentil âne, qui ne braille pas, qui ne court pas pour nous accueillir ; une gentille biquette, qui ne saute pas partout. Mais quand même. Du coup on a regardé. Il n’a pas aimé, mais avec un peu d’encouragements, il est passé. A deux, il passe bien, sans même regarder.

A la deuxième balade, on a fait le même tour mais à l’envers. Il a flippé. Je ne voulais pas l’ennuyer, je suis descendue, on a bien regardé l’âne et la biquette, et hop. Après ce passage il est vite redescendu en pression.

Là je suis par terre… mais c’était prémédité ! Il est tellement mignon quand il a la trouille aussi…

A la troisième balade, il est passé devant une première fois en ronflant beaucoup. Et comme je voulais refaire un circuit on est re-passer devant, mais de l’autre côté cette fois-ci. Il pleuvait, il gelait, je lui ai beaucoup parlé mais il a commencé à flipper 50 mètres avant l’entrée du pré, c’était mal parti. Je me suis moquée de lui, un peu. On a avancé. Il a bloqué. Ronflé. Commencé à vouloir faire demi-tour. J’ai gueulé. Les demi-tours de Simbad, je les connais par cœur, et généralement, ça sent mauvais pour moi. Et c’est hors de question de laisser passer un comportement pareil.

Il est pas mal, ce sol

J’ai tenté de passer en selle. Demi-tour deuxième, et les écarts de Simbad viennent avec autant de souplesse qu’un 33 tonnes en pleine face. Je ne sais pas comment il se débrouille, ou je suis peut-être rouillée aussi, mais si sur un cheval souple je vais globalement tenir bon, sur ce microbe d’1m40 je finis invariablement par terre. Et complètement bloquée en prime. Ces derniers temps mes blocages physiques à cheval sont loin de s’améliorer, et sur Simbad, c’est le combo gagnant.

Première étape, ma hanche se bloque à gauche, je perds le contact avec ma selle, plus d’assiette ; je glisse comme un sac de patates à terre. Et histoire de m’achever, une crampe à gauche au niveau du pied, histoire de ne pas me relever tout de suite.

Ce que je fais quand même, parce que les sabots de Simbad sont à 30 cm de mon visage, que je tiens toujours les rênes (jamais je n’envisage de lâcher mon cheval en extérieur… il parait que c’est couillon, mais tant qu’il ne me traîne pas, ça me permet de rester avec lui), et que je sens que si je reste par terre ça va le faire paniquer davantage.

Je l’engueule sévèrement même si c’est quelques secondes trop tard, que ça ne sert à rien parce qu’il est concentrée sur l’objet de sa peur, mais j’ai besoin de lui montrer que merde, ça ne se fait pas, et ça ne va pas l’avancer ! Je réalise que la selle a tourné, ce qui n’a pas du m’aider. Et puis je vois son œil. Ou plutôt le blanc de son œil. Je n’ai jamais vu le blanc de l’œil de Simbad. C’est mon tank. Quand il a peur il hausse le col comme une poule, et ronfle. Mais il ne panique pas à ce point, ce n’est pas son genre.

J’ai envie de me fouette avec des orties. Mais c’est fait. Alors je passe à pied avec lui, en le rassurant, ses yeux roulent un peu mais il se pose. Il ronfle encore, il a la trouille, mais il est respectueux, n’accélère pas, écoute quand je lui demande de ralentir. On passe une fois, je fais demi-tour, on repasse encore ; et on revient dans le bon sens. Il n’est pas jouasse, mais il passe.

Au 3ème passage, il a toujours peur, mais au moins on ne voit plus le blanc de l’œil…

Il a tellement les miquettes qu’il n’a même pas envie de brouter. Mais il me laisse resangler et remonter tranquille, en gardant un œil sur les vilains monstres derrière lui. Qui n’ont pas bougé, pas fait un bruit, qui ne se sont même pas approché de la barrière et du pré et qui nous regardent avec des points d’interrogation dans les yeux. J’ai envie de leur faire des câlins pour avoir été si mignons.

Repenser à ses erreurs

Je n’ai pas forcé pour le retour. J’ai largement félicité quand il a regardé un truc sans bouger, on a pris un très bon trot, j’ai même eu quelques foulées de galop correctes, il est redescendu en pression très vite comme à son habitude et c’est tout ce que j’espérais.

Petit poney retrouvé sur la fin du parcours

Mes disponibilités et le temps des derniers jours ont fait que je n’ai pas pu le sortir seul à nouveau, ce qui est super dommage, ça aurait permis de faire le point et de savoir si c’était particulièrement une mauvaise journée, ou s’il y a un souci très ancré.

J’ai repensé à mes erreurs le boucle qui repasse à nouveau devant la difficulté – même si, vu son très bon comportement à l’aller malgré son inquiétude, ce n’était pas facile d’imaginer qu’il ferait un tel blocage au retour. L’ai-je poussé dans ses retranchements ? Peut-être un peu, mais pas non plus au point d’être une véritable “erreur” de ma part. Je ne l’ai pas lâché, certes, et j’ai interdit le demi-tour ; mais je n’ai pas forcé à mort, je l’ai laissé prendre son temps et regarder, j’ai récompensé les mouvements en avant. Peut-être que je n’ai pas assez lâché au bon moment, c’est possible, même si d’habitude ce n’est pas le genre de choses qui l’ennuie beaucoup.

Je repense à tout ça, et je me dis que surtout, il a du sentir mon agacement malgré mes encouragements. Quelque chose en arrière-pensée qui disait “mais bon sang, tu n’es pas ce genre-là, qu’est-ce que tu as ?” alors que j’aurais dû être plutôt dans une humeur “ah tiens, bah alors… bon, on a le temps”. Le temps, je l’ai pris, seulement au fond de moi, j’ai trouvé ça ultra pénible et je suis certaine qu’il l’a senti.

Je me fiche un peu d’avoir fini par terre, ça ne m’a pas vexé plus que ça, et je ne me suis pas fait mal non plus (même si l’ostéo va faire une crise, je pense). De ce côté, mon égo va très bien, et je n’ai pas peur de vous dire que je suis tombée de cheval… ça m’est arrivé, et ça m’arrivera encore ! (et toujours du même côté hein… saloperie d’équilibre)

Il a quand même eu des carottes à l’arrivée, hein. Plein !

Qu’est-ce qu’on fait, ensuite ?

Pour la suite, je pense que je vais recommencer par une grande balade à cheval en solo, en changeant d’itinéraire, pour recommencer à communiquer sans pression. Une belle boucle de 2 ou 3h, tranquille, qu’on ait le temps de se reconnecter, que je ne sois pas à regarder ma montre. Même si je ne le fais pas vraiment, les circuits courts, les balades d’une heure, se transforment souvent en “tours actifs” où on met plus de pression. Donc faisons très cool, ça lui va bien.

De mon côté, je vais peut-être reprendre rendez-vous avec ce médecin du sport, histoire de voir comment on peut corriger mon équilibre et pallier un peu à ma scoliose, qui me donne quelques raideurs jamais bienvenues à cheval. A 31 ans, ce serait bête d’être déjà à mettre à la poubelle.

On repassera près de l’âne et de la biquette à la patience d’ange, à deux d’abord, histoire de voir, et puis en solo à nouveau, avec touuuut le temps qu’il faudra. A pied s’il le faut, autant de fois qu’il faudra. Comme avec un gros poulain tout doux, ou un vieux cheval qui n’a jamais vu que du sable.

Et il redeviendra le tank que l’on connait, j’en suis certaine.

Ou alors je demande aux proprios de l’âne et de la biquette s’ils ne veulent pas un poney pour le weekend… c’est une idée ça tiens…

2 Comments

  1. J’ai adoré la conclusion. Pas sûre que lui l’apprécie par contre!
    Mais c’est quand même bizarre un tel changement de comportement. Peut-être qu’il est vexé d’être en pension et de te voir moins souvent? Vous allez les ramenez chez vous plus tard?
    Mais heureusement, plus de peur que de mal, et il a une cavalière patiente qui se pose beaucoup de questions pour son bien-être 😉

    • musards

      C’est une piste, le côté pension. Même si je sais qu’il y est super bien traité, avec beaaaucoup d’attention, la relation est focément différente. Et ça me peine, évidemment ! On passe néanmoins très régulièrement pour faire autre chose que de les monter, juste les papouiller, les panser, leur montrer des trucs. Sinji ne nous fuit pas, par exemple, alors que quand il est pension… ça peut lui arriver ^^ (c’est un peu vexant, mais normal)
      J’ai totalement confiance en Simbad, et je pense qu’il le sent, ça le responsabilise, donc il fait très attention – mais là c’était plus fort que lui. Après oui c’est étrange, mais en même temps, il n’a jamais trop aimé les ânes non plus ; quand on passait à côté de celui qui est près de chez nous, il marchait en crabe et ronflait pas mal aussi, donc c’était latent. Là, la configuration des lieux en prime ne lui plait peut-être pas… qui sait !
      En tout cas j’espère réussir à lui faire passer ça. J’ai réussi pour les vaches… y’a pas de raison qu’on y arrive pas pour les ânes !
      Il est marrant à avoir peur des bestioles plus que des machines ou des humains…

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