La Catalogne à cheval : le dernier jour, autour du Cap de Creus

J’en aurais mis du temps, à écrire ce dernier article sur la Catalogne… Trois mois après, le souvenir de ce trec à cheval des Pyrénées à la Méditerranée est encore bien vif dans ma mémoire ! Et reste une superbe expérience que j’ai vraiment envie de refaire… un jour. En attendant voici le récit du 5ème et dernier jour de ce trec, autour du Cap de Creus… La Méditérannée nous tend les bras et sur les plateaux on se croirait presque dans un désert… avec un petit côté western spaghetti. Au programme, chaleur, émotions, étalons sauvages et nage avec les chevaux !

Le Cap de Creus à cheval : point de vue sur la Méditerranée

Depuis la veille au soir, je rumine un peu. La ville touristique de El Port de la Selva m’a mis un coup au moral, il y a quelque chose qui sent trop la civilisation et le retour. Retrouver Queen m’a fait du bien, mais j’ai du mal à oublier que ce soir, ce sera terminé. Même si j’essaye de faire abstraction, et de profiter au maximum de ces dernières heures, j’ai trop appris, trop découvert, trop apprécié pour avoir envie que ça s’arrête déjà. Queen ne m’aide pas à faire abstraction, d’ailleurs. Je la sens fatiguée, un peu ronchon, pas bien réveillée. On est deux grognons les oreilles en berne, ce matin. Malgré les belles couleurs, la vigne, la grimpette extraordinaire que les chevaux nous offrent pour découvrir un très beau panorama sur la baie… On ronchonne, toutes les deux. Tartu aussi d’ailleurs n’est pas d’une motivation extraordinaire.

J’ai chopé plein de fleurs et je décore Queen avec amour. Elle est sceptique, mais bonne pâte, elle accepte et trottine en agitant ses fleurettes.

Queen & ses fleurs

Le désert du Cap de Creus

Le point de vue nous réveille un peu, et le programme s’annonce : des cailloux, du sable, des cailloux, quelques buissons secs, et quelques cailloux supplémentaire. Un peu plus et on entendrait les balles siffler… Tout le monde a son chapeau, ses pétoires et son harmonica ?

Il y a quelque chose qui se passe, à ce moment-là. J’ai soif, et chaud, Queen aussi. Je partage mon eau, elle est attentive ; ne s’occupe plus des autres chevaux, n’essaye pas de rattraper, n’a même plus envie d’être devant. Je ne fais rien pour la ralentir, pourtant, pas dans mes aides en tout cas. Mais j’ai tellement envie de profiter d’elle qu’on laisse les autres filer devant, et nous, on musarde. On musarde tant et si bien qu’on regarde à droite quand les autres regardent à gauche, et qu’on ne s’occupe que de nous.

Est-ce que je rêve totalement cette connexion, ou existe-elle après 5 jours de cohabitation ? Je n’en sais rien. Mais à partir de ce moment, je réussis un peu plus à profiter du moment avec la belle, parce qu’elle m’offre des moments rien qu’à nous deux. On se traîne, on regarde – elle me montre plein de choses. S’arrête parfois pour m’indiquer un endroit intéressant, un point de vue, quelque chose qui a bougé près de nous. J’apprécie chaque minute, et je recommence à sourire.

Catalogne : Cap de Creus à cheval

On se rapproche du groupe au-dessus de Cadaquès, qui parait étrangement civilisée vue depuis le désert que nous arpentons sur les hauteurs. Les maisons, les campings, tout ça n’intéresse guère la belle, et moi non plus. Nous on regarde ailleurs. Comment résister à cette bouille ?

Rencontre épique

La route est difficile, nous n’avons parcouru que 10 km en 2h, et le soleil bien haut commence à nous dessécher sur pied. Nous remontons vers le nord ouest et le Cap Ravener, mais il y a encore quelques plaines à parcourir…

C’est là que nous allons faire une rencontre assez folle… digne d’un western ! Alors que Queen était plutôt tranquille, je commence à la sentir se raidir, et souffler. Le groupe est séparé en deux, nous sommes 3 chevaux à la traîne, alors que le reste du groupe, dont notre guide et l’interprète, sont à quelques dizaines de mètres devant. Soudain des bruits de pierre… et de sabots résonnent. Et cavalant comme des fous, deux magnifiques chevaux galopent vers nous…

La scène est magnifique : ces chevaux libres et fiers sont superbes, bien portants, sautant buissons et rocailles pour aller à notre rencontre. Sous nos yeux médusés, deux étalons à moitié sauvages font le show… vers la jeune jument avec nous. Queen est dressée de toute sa petite taille, prête à en découdre, mais devant, la jeunette hésite. Sa cavalière subjuguée filme la scène… et se rend compte du danger lorsque les étalons se calent devant la jument, lui interdisant le passage. Bon réflexe, elle se redresse, reprend la jument, vocifère et tente de faire peur aux étalons tandis que notre guide, armé de sa longe, fonce dans le petit groupe pour affoler les étalons. Il manque le lasso et la pétoire !

Les étalons ne sont pas faciles à convaincre mais nous réussissons à passer sous la protection de notre guide, rompu à la manœuvre. Ces étalons vivent toute l’année sur ce coin de colline désertique, et répètent à chaque fois le même cinéma. Pour nous, c’est une véritable aventure ! Qui a bien réveillé Queen, assez furieuse de voir des mecs déballer leur attirail sans y être invités. Quand je vous dis qu’on partage beaucoup de choses, elle et moi.

Se baigner avec les chevaux au Cap de Creus

Il est temps de se rafraîchir ; la route nous y invite régulièrement, en nous rappelant qu’il ne fait pas bon oublier sa gourde.

Catalogne : Cap de Creus à cheval

Après plus de 3h et 14 km parcourus, nous arrivons vers une petite anse abritée, superbe et isolée, où nous allons pouvoir nous baigner… avec les chevaux !

Il est temps de débarrasser les chevaux de leur attirail et d’enfiler nos maillots ! Malgré le bleu superbe & profond de la mer, il y a quelques vagues, et curieusement je ne vais pas tenter d’emporter mon téléphone avec moi cette fois-ci… Mais le moment est super chouette. Queen, qui m’avait fait un cirque la veille à El Port de la Selva pour se tremper les sabots, y va cette fois plus calmement, même s’il faut un peu de fermeté. Les galets roulent sous les sabots et la plupart vont apprécier de nager un peu pour se détendre…

Bon ok, Queen manque de se noyer sous une vague et bon sang, elle est fraîche quand même ! Mais ça fait tellement de bien de partager ce moment avec tout le monde, cavaliers comme chevaux, qu’on en profite à fond. En essayant de ne pas trop glisser sur les dos mouillés. Pas aussi aisé qu’on le penserait, en fait.

Catalogne : Cap de Creus à cheval
Quand j’essaye discrètement de noyer Queen dans le fond

Notre guide réussit quand même à faire une petite vidéo souvenir… Il y a du skill !

 

On laisse les chevaux sécher et on se change avant d’attaquer un pique-nique en bonne compagnie sous les pins. L’endroit est calme, et on est bercé par le bruit des vagues qui roulent sur les galets, alors que les chevaux siestent tranquillement.

Catalogne Cap de Creus

Il est déjà l’heure de repartir vers El Port de la Selva, pour cette dernière portion de voyage en Catalogne…

Le retour du Cap de Creus et la fin du voyage

On est secs, le pique nique est fini, et il est temps de remonter à cheval. Enfin, tout d’abord à pied, parce que la pente est bien raide !

Il reste 7 km à parcourir, 1h30 de balade entre ruines et petits chemins, ravines et superbes paysages, entre pas et petits galops. Je ne lâche plus Queen, et nous restons toutes les deux en arrière du groupe, pour profiter des derniers instants jusqu’à la lie.

J’adore tout ce qu’elle m’offre, quand elle s’arrête pour regarder quelque chose, quand ses oreilles bougent dans tous les sens quand je lui parle, quand elle rattrape avec sa crinière de Méduse.

Catalogne Cap de Creus

Nous rentrons à El Port de la Selva en fin d’après-midi après cette boucle superbe sur le Cap de Creus. Le camion nous attend déjà dans la cour.

Voilà… le trek en Catalogne se termine ici…

Nous désellons rapidement les chevaux, le moteur tourne déjà. Le matériel est vite ramassé, les chevaux soufflent un peu et broutent avant de partir, et ça y est, ils embarquent en 5 minutes dans le camion. La séparation est assez brutale, mais c’est peut-être pour le mieux. Nos 3 compagnes cavalières sont déjà en pleurs, et nous remercions tant bien que mal notre guide et notre interprète pour cette formidable aventure. Maladroitement, parce que les mots nous manquent, mais l’essentiel est là.

Thibaut & moi n’auront pas la larme à l’œil, curieusement, mais nous avons le cœur serré de laisser ces formidables compagnons de voyage, et il nous faut inspirer bien à fond alors que le camion s’éloigne vers les montagnes.

Nous aussi, nous serions bien retournés avec eux dans les Pyrénées, parce que c’est là que nous avons eu les souvenirs les plus mémorable de ce trek à cheval en Catalogne – même si la Méditerranée est belle. J’en connais un qui a gagné : la montagne va vraiment me manquer.

Et que dire de ces chevaux extraordinaires ?

J’ai beaucoup de questions en tête, en revenant. Ces 5 jours à fond de train, dans des terrains difficiles, n’ont pas eu raison de mon corps qui souffre tant que je monte nos chevaux, surtout Simbad. Il y a des choses que j’ai comprises en 5 jours, grâce à une jument exceptionnellement généreuse, franche, redoutablement rapide et souple. Ce caractère bien trempé et ce physique de petite jument hispano-arabe, je l’ai toujours en tête. Même trois mois après. Et peut-être pour longtemps. Moi qui n’aimait pas les gris, moi qui redoutait les chevaux près du sang. Quant au cavalier brun, le fait de monter un autre cheval que le sien lui a fait aussi beaucoup de bien, et ce séjour lui a prouvé qu’il est capable de plein de bonnes choses en selle.

Vous en voulez encore ?

Pour terminer ce voyage, rien de tel qu’une petite vidéo pour vous montrer tous ces paysages et chevaux, en version… animée !

Si vous avez l’occasion de faire un tel voyage, n’hésitez pas, vraiment. Cela remet beaucoup de choses en perspectives, on apprend énormément sur soi et sur les autres, on rencontre des gens extraordinaires, guide, interprètes, hôtes, autres cavaliers embarqués dans l’aventure, et l’on visite des endroits superbes et inaccessibles en temps ordinaires. Et si cette route catalane vous tente, dirigez-vous les yeux fermés vers le Mas Batlló Hipica !


Infos pratiques :

Guide : Mas Batlló Hipica
Agence : Caval&go – super organisation & contact !
Un trail équestre réalisé en septembre 2016

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