Arthrose : le retour du petit monstre

Cela fait 3 mois que Simbad a eu sa mésothérapie, et a géré ça comme un brave petit poney. 3 mois après le diagnostic de l’arthrose bien installée dans le dos, j’avais envie de faire un petit bilan, même s’il est un peu tôt pour employer ce mot. Entre lueurs d’espoir et découragement, remises en questions, découvertes, j’ai l’impression d’avoir vécu énormément de choses avec petit poney depuis cet été catastrophique, et j’avais envie de les partager.

Spoiler : il va bien, et il est toujours aussi grumpy.
Spoiler : il va bien, et il est toujours aussi grumpy.

Arthrose et boulot, après la méso

La vétérinaire était plutôt encourageante : si la mésothérapie faisait effet, le travail avec Simbad pourrait tout à fait être repris. Mais fin août, cela me paraissait quelque chose de presque inenvisageable. Parce que le diagnostic avait été une vraie claque, d’abord, et ensuite parce que je le trouvais si affaibli que je n’avais rien envie de lui imposer. Nous avons bien fait quelques balades, mais l’énergie n’était pas là. Il avait perdu tellement d’état que j’avais honte de lui grimper sur le dos, même si je savais qu’il lui fallait de l’exercice. On a fait quelques balades à pied aussi, histoire de s’aérer, mais pas autant que j’aurais dû.

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Fin août, balade à pied après la mésothérapie

J’étais heureuse de le revoir retrouver un peu de vivacité dans le regard, contente de le voir marcher vaillamment sur sa piste, mais je n’arrivais pas à envisager davantage. Et certainement pas de retrouver nos balades d’avant, qui même si elles étaient très loin d’être actives – ce n’est pas un ponescargot pour rien… – me permettaient quand même de profiter de son joli trot avale-km.

En septembre, nous partions en prime pour ce magnifique trek à cheval en Catalogne (dont je ne vous ai toujours pas raconté la dernière étape, mea culpa – j’ai du mal à clore le chapitre…) donc ce fut une bonne quinzaine de jours de vacances pour les deux gros. Dans un grand champ, avec des copains qui eux bougent pas mal à côté, mais je savais que ce n’était pas là qu’il ferait des longueurs de lui-même ! Mais l’herbe était belle, et le pré ensoleillé, parfait pour ne pas trop souffrir de l’humidité à cette période.

Découragement & culpabilité

Le fameux trek à cheval m’a fait réaliser beaucoup de choses, tout ce qui n’allait pas avec Simbad. J’ai un poney brave, gentil et courageux, mais qui n’engage pas un cachou, n’a jamais utilisé son dos (et pour cause), a toujours les postérieurs à 2 km derrière et a autant de grâce dans ces allures qu’une patate gratinée. Ce qui n’est en rien de sa faute : non seulement ses soucis d’arthrose n’aident en rien, mais en tant que cavalière-patate moi-même, je n’ai certainement pas du lui donner envie de se bouger.

Faut dire qu'on préfère les conneries à l'équitation classique... Enfin regardez, on bosse la mise en selle quand même.
Faut dire qu’on préfère les conneries à l’équitation classique… Enfin regardez, on bosse la mise en selle quand même.

Je n’arrivais pas à envisager l’avenir avec Simbad. Une partie de moi culpabilisait tellement que j’avais envie de le laisser au pré, tranquille à faire du gras, en retraite anticipée et probablement méritée. Mais l’avertissement de la vétérinaire ne me quittait pas non plus : si j’arrêtais le travail avec lui, si je le laissais se démuscler, c’était fini.

A force de me mettre la pression et de m’inquiéter sans cesse, je n’arrivais plus à prendre de plaisir à monter Simbad.

S’ajoutaient à ça d’autres soucis, me concernant cette fois : un cheval qui ne se porte pas me donne automatiquement très mal au dos, et de plus en plus. Quel que soit le cheval, la selle, ou l’exercice, un cheval qui n’engage pas un minimum, c’est l’assurance d’avoir mal au dos pendant toute la journée, de me contracter si fort que les douleurs ne me quittent plus et se rajoutent, séance après séance. Et en Catalogne, 5 jours à cheval, près de 150 km dans les pattes ? Aucun mal de dos…

Et puis fin septembre, je me décide à “partager” mon poney. Ce n’est pas une décision prise à la légère, et elle n’est pas facile à prendre, mais j’ai confiance. Simbad découvre donc une nouvelle cavalière sur son dos, qui veut découvrir davantage l’extérieur – ça tombe bien. Début octobre, on commence vraiment les balades, tout doucement au rythme de la découverte… parfait pour le dos de Simbad, parfait pour la cavalière.

Simbad et sa DP, seuls dans leur bulle
Simbad et sa DP, seuls dans leur bulle

Et moi, je monte Sinji, un cheval dont la sensibilité exacerbée m’avait parfois décontenancé, et que je redécouvre avec bien plus de plaisir, en douceur, et en réussissant enfin à communiquer avec lui.

Là c'est pas bien compliqué : il veut galopeeeeeeeeeer
Là c’est pas bien compliqué : il veut galopeeeeeeeeeer

Arthrose, muscles et… régime alimentaire

En octobre, j’ai du mal à voir la différence. Simbad ne rechigne pas à être sellé, mais il n’est pas allant, pas vif. Au pré, il marche bien mieux, mais ce n’est pas encore ça. Ça stagne, et je continue à m’inquiéter, car son état général n’est pas bon, il manque énormément de muscles, sa colonne vertébrale ressort, on voit ses côtes même sous le poil d’ours qu’il se fait. Je décide de passer à la vitesse supérieure côté alimentation, de le doper au maximum pour qu’il passe cette période difficile.

Jusqu’ici, ils avaient pour le petit déjeuner une petite ration de flocons d’orge, à laquelle j’ajoutais un CMV (complément minéral vitaminé) qui leur va parfaitement, ainsi qu’une cuillerée de levure de bière et parfois un peu d’ail semoule. J’ajoute donc une louchette d’avoine, pour l’énergie, ce qui augmente la petite ration quotidienne à environ 1L de ce mélange. Il ne fait vraiment pas froid, et j’hésite à les gaver de céréales de toute manière.

Prendre un solide petit déjeuner, c'est important.
Prendre un solide petit déjeuner, c’est important.

Sur les conseils de ma véto, j’évite l’Harpagophytum tant qu’il est au boulot – elle me conseille de n’en utiliser qu’en cas de crise importante, et avec repos obligatoire. Par contre je regarde côté compléments ce que je peux lui offrir, et comme je suis ravie du CMV Oligovit de Reverdy que je leur donne au quotidien, j’opte pour leur Reverdy Flexy, en poudre. Ça coûte un rein, mais j’ai de grands espoirs.

Je commence à en donner mi-octobre, et en quelques jours, j’en vois les effets, rien qu’au pré. Avant, il me regardait arriver tous les matins et me fixait jusqu’à être sûr que j’avais bien foin et gamelles ; maintenant, il n’attend plus d’être sûr, il marche et essaye de dépasser Sinji. Au bout d’une semaine, il ne marche plus, il trottine… et je sens un poids s’enlever de mes épaules.

Fin octobre, il est toujours aussi fit, alors je double les doses. Il commence à faire très humide de toute manière, ils sont plus fatigués à force de faire leur gros poil d’hiver, et même Sinji est un peu ronchon. Désormais, Simbad a une ration de presque 2L le matin : 1L de flocons d’orge, presque 1L d’avoine, et toujours le CMV, le Flexy et la levure de bière. Sinji a un peu moins d’avoine, mais il apprécie sa ration quotidienne également.

Arthrose & matos

Je n’ai pas fait dans la dentelle pour soulager Simbad au maximum, quitte à le sur-protéger un tantinet. Sa nature est d’être un poney rustique, et je ne compte rien changer à son mode de vie : dehors toute l’année, à trotter dans le bois avec un copain, avec des terrains accidentés, glissants, différents selon les portions de piste. Au contraire, j’augmenterai même bientôt son terrain de jeu pour qu’il en profite un maximum : bouger lui fait du bien.

Par contre, j’ai adapté ma façon de faire, pour l’aider à mieux marcher et à supporter le poids d’un cavalier sur son dos.

J’ai d’abord remis le pad de garrot en gel pour les courtes balades ; j’ai aussi troqué la selle en cuir, adaptée à lui mais trop désagréable pour moi, et qui me donnait une position qui le gênait, pour son ancienne Wintec 500 Cair, légère, bien rembourrée et avec une gouttière plus large.

La crevette de la vallée, toujours en liberté
La crevette de la vallée, équipée mais toujours en liberté

Côté hipposandales, je me suis procuré les Scoots boots, après trop de galères avec mes Jogging Shoes qui tournaient trop. Le matériel est léger, super simple à mettre et semble totalement lui convenir. Il ne se marche pas dessus, lève les pattes ; c’est quelque chose qui pieds nus, lui est encore parfois difficile sur certains terrains, or il a besoin de ne pas se préoccuper de ce genre de choses dans l’immédiat. C’est une béquille temporaire, mais une aide essentielle dans sa convalescence, à mon sens.

En plus, elles sont vernies et dorées, la classe !
En plus, elles sont vernies et dorées, la classe !

La dernière chose pour laquelle j’ai craqué et revu ma façon de faire, ce sont les couvertures. Simbad est un véritable ours, et gère parfaitement froid, en bon poney rustique qu’il est. Par contre, il gère extrêmement mal l’humidité avec son arthrose. Et lorsque le vent s’en mêle, il devient immédiatement agressif. Il communique sa douleur, de façon parfaitement claire. Ce qu’il communique aussi, c’est son soulagement quand je lui mets une couverture lorsqu’il commence à bruiner ou pleuvoir.

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Ce cheval, c’est un peu devenu ma princesse au petit pois.

Des signes encourageants

Aujourd’hui, Simbad un joli poil, une crinière qui tombe bien, et des sabots moins pourris que d’habitude. Mais il manque toujours de muscles – or pour ça, il faut qu’il ait un peu de gras. Et ce n’est pas encore suffisamment le cas.

Mon hippocampe !
Mon hippocampe !

Mais ça vient petit à petit, et surtout, je vois dans son œil bien plus d’énergie qu’avant… Plus d’envie de faire des bêtises, aussi.

Il lève les genoux.
Il a relevé la tête.
Il lève les fesses, parfois.

Il galope à nouveau sur la plage.

... par contre il n'aime toujours pas se mouiller.
… par contre il n’aime toujours pas se mouiller.

Il est plus curieux, plus éveillé.

... et il n'a plus peur des vaches, youpi !
… et il n’a plus peur des vaches, youpi !

Il n’est toujours pas très équilibré, il n’est pas très beau, il manque encore de gras, les trapèzes sont creux, les hanches pas très jolies, et ses côtes ne sont pas loin sous mes doigts.
Mais durant ses deux ou trois sorties hebdomadaires, il est là, avec nous, à l’aise dans ses sabots.

C’est une toute petite victoire, mais elle est si belle !
Le chemin sera sûrement long, mais qui sait ce que demain nous réserve… de bien ?

6 Comments

  1. Très bien pour le matériel, la nourriture…. Cela va soulager le poney. Ce que j’ai noté également, c’est l’analyse que vous faites: Il n’engage pas….effectivement, l’engagement des postérieurs va aider le poney a travailler son dos. Méfiance tout de même, certains chevaux engagent mais ne travaille pas avec leur dos, ils ” trichent”. Non pas qu’ils ne veulent pas, mais ils ne savent pas, ou ne peuvent pas. Donc un point à surveiller. Bravo et merci à vous.
    Ps: Les chevaux ne connaissent pas la culpabilité. En approchant un cheval en se disant” je suis désolé”, on dégage de l’énergie négative. Il vaut mieux l’approcher en se disant” j’ai appris des trucs, on va les essayer pour que tu ailles mieux”

    • musards

      Merci Mikaël pour ces précieux conseils, qui aideront sûrement d’autres proprios également !

      Concernant l’engagement, c’est un souci que nous avons toujours eu. Mais nous sommes également passé par des phases où nous avons du nous consacrer sur autre chose, en 2 ans. A son arrivé il était très gras, 100 kg à perdre, proche de la fourbure : on a surtout repensé son rythme de travail, son souffle. Après, nous avons eu une phase de “découverte” où plus léger, il s’est senti pousser des ailes… puis une crise de confiance, qu’on a désamorcé tranquillement. Le tout en 6 mois. Ce n’est que par la suite que j’ai commencé à remarquer quelque chose qui clochait vraiment sur ses allures. L’ostéo est passé, ça allait mieux, mais ça n’a pas tenu longtemps ; deux vétos l’ont vu, sans rien dire de particulier, à part que c’était un poney – donc dans sa nature, qu’il fallait lui rentrer dedans.
      Mais c’est une approche qui me déplaisait, et qui ne répondait pas aux questions que je me posais.
      Finalement j’ai enfin réussi à trouver une vétérinaire spécialisée, qui a l’œil et la manière de le dire, et qui m’a proposé enfin un diagnostic clair.
      Aujourd’hui il est délicat de lui demander beaucoup d’engagement alors qu’il n’a pas la musculature pour, donc c’est sur ça que l’on travaille, en améliorant l’alimentation et en marchant beaucoup, avec des dénivelés. Le reste suivra, on a le temps, on le prend 🙂

      Il a une une période très bien, après le 1er hiver, où nous faisions quelques petites détentes dans le manège avant de partir en balade et où je l’ai senti vraiment monter son dos quelques fois. Je n’ai jamais retrouvé cette sensation, mais je sais qu’il en est capable, et surtout, je pense être maintenant pouvoir la reconnaître… ce qui vu mon niveau, n’était pas gagné. Je croise les doigts pour qu’on y arrive en douceur, et qu’on puisse entretenir ça.

      Pour la culpabilité, le fait de le “partager” et donc d’avoir un regard différent sur lui, à pied ou sur un autre cheval, m’a fait beaucoup de bien. Mais c’est aussi un poney qui de lui-même, vient nous dire “t’inquiètes pas, c’est pas grave, t’as compris maintenant alors c’est l’essentiel”. C’est un brave, qui pardonne beaucoup.

      La saison est très mauvaise, mais je vous recontacte bientôt pour un peu de travail à pied, je pense 🙂

      • Mikaël

        Encore bravo; il y a des choses que l’on doit faire pour pouvoir en faire d’autre : faire perdre du poids avant de travailler l’engagement…..vous avez raison. Il faut s’adapter au cheval et non appliquer une méthode quelconque.
        Et oui ” on a le temps, on le prend”
        Et oui “…..maintenant alors c’est l’essentiel”
        Vous avez compris beaucoup de chose…
        Bien sûr, vous pouvez effacer ce commentaire…

        • musards

          Oh non, je laisse ^^ ça peut servir pour d’autres, c’est toujours important.
          Les méthodes, je n’en avais que peu avant d’avoir Simbad – mais le peu que j’avais, je l’ai vite oublié. Pour essayer d’écouter ce qu’il avait à me dire, avant de décider ce qui était bon pour lui ou non.
          Je ne suis pas sûre d’y arriver tous les jours, mais je profite de chaque petite découverte avec beaucoup de gratitude 🙂

  2. Merci pour ce retour, ça permet de se sentir moi seule!
    C’est mon premier hiver avec ma jument et avec l’arrivée du froid on a découvert qu’elle a de l’arthrose dans un postérieur et donc forcément je me pose plein de questions sur comment l’aider et la soulager!

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