De la confiance entre cheval & cavalier

Simbad ne sera jamais le poney polyvalent que j’avais espéré – non pas parce qu’il n’en a pas les capacités, mais à cause de son arthrose. Cela ne signifie pas qu’il ne pourra rien faire ; mais son activité ne pourra probablement pas être régulière, et il serait injuste de tirer sur la corde pour mon propre plaisir. Cela dit, c’est un cheval en lequel j’ai une confiance absolue, pour tester de nouvelles choses : il apprend extrêmement vite, il est curieux, vif, et plutôt en demande.

On peut donc tester… à petits pas comptés, dans la douceur. Après une période difficile, avec énormément de remise en question de mon côté, j’ai décidé de lâcher prise, de faire comme ça vient, selon ce qu’il peut m’offrir le jour même. Cela ne signifie pas que je n’ai pas d’autres ambitions en terme d’équitation, mais je ne veux surtout pas lui faire payer le fait que lui ne puisse pas être le cheval qui m’aidera à réaliser ces projets. Simbad, lui, est bien plus que cela – c’est le cheval sûr, qui m’a tout appris, et m’apprend encore.

De la confiance à pied

Lorsque Simbad est arrivé, sans nous connaître, il y avait forcément de la défiance d’un côté comme de l’autre. Et à l’attache, il était insupportable. Un gigoteur, un couineur, un impatient. Et pour moi, un cheval devait rester tranquille à l’attache, ne pas bouger. Alors j’ai attaché plus court, le privant de jeu, de chiper des choses. De me mordre aussi, puisque c’était sa vilaine habitude.

Je ne me souviens pas exactement du moment où j’ai décidé de lâcher prise. Peut-être tout simplement au moment où nous étions tellement braqués l’un contre l’autre dans ces moments de conflit que j’ai essayé l’exact contraire. Et c’est souvent ce que j’ai fini par faire avec Simbad : l’exact contraire de “ce qu’il faut faire”, de ce que l’on imagine de l’équitation classique. Je l’ai laissé jouer. Je l’ai ignoré. J’ai arrêté de menacer, j’ai simplement repoussé. Et j’ai compris le véritable caractère de Simbad.

Ce poney n’est pas un emmerdeur ; s’il attrape des choses, c’est qu’il est curieux, joueur, attentif à son environnement. Ce n’est pas un cheval mordeur ; c’était simplement une mauvaise habitude. Ce n’est pas une personnalité invasive ; il suffit de pousser doucement son nez avec le plat de la main pour qu’il arrête, vexé comme un pou.

Comme nous tous, il a ses humeurs, ses mauvais jours, son caractère de ronchon. Mais à partir du moment où j’ai accepté de lui faire confiance, il s’est pris en charge, seul. Indépendant. Et il a appris à avoir confiance en lui.

14716119_1317257864974850_7572609816849371409_n

Désormais lorsqu’on part tous les deux, en amoureux, je le laisse vagabonder dans le jardin pendant que je le panse et que je l’équipe. Il ne va jamais très loin, même sans licol ; il apprécie de pouvoir grignoter, tout en gardant un œil sur moi. Il flaire, il se promène avec lenteur, il évalue ses chances d’avoir une gamelle prête à l’arrivée. Il me laisse faire, ne s’énerve plus, ne s’en va pas ; parfois même, il baisse la tête pour me demander de lui gratter plus fort derrière les oreilles. Et ces moments qui étaient angoissants, agaçants pour moi comme pour lui, sont devenus un rituel plein de douceur qui nous met dans de bonnes conditions pour le reste du moment que l’on va passer ensemble.

De la confiance en selle

Il est toujours aussi grognon quand on part à pied, mon poney – pas coopératif pour un sous. Je suppose qu’avoir régulièrement du mal à se déplacer joue beaucoup sur son côté ronchon. Et puis une fois que je suis en selle, les oreilles pointent en avant, il est parti, à son rythme de ponescargot neurasthénique parfois.

Hier pourtant, quand j’ai grimpé sur son dos, je l’ai senti à l’aise et j’ai trouvé ma place immédiatement. Curieusement, avec une endurance difficile où j’ai galéré pour trouver mon équilibre dimanche sur certains passages (il faudra que je vous raconte cette chouette expérience néanmoins, d’ailleurs) avec une ponette qui a le même gabarit que lui, là je me suis sentie immédiatement à l’aise. Il marchait plus pas mal, avec un mouvement délié, et puis je le connais par cœur. J’avais les rênes complètement détendues, et pour m’étirer le dos qui souffre beaucoup à cheval, j’ai tout lâché.

14718604_1317257921641511_3681026312064468841_n

Le temps est superbe ces jours-ci, et ce sont les vacances de la Toussaint : tout le monde est dehors. Sur le chemin de balade, promeneurs, randonneurs, chiens, cyclistes, travaux – beaucoup de monde mais Simbad avance sans crainte. Alors j’ai décidé de faire la balade sans les mains. Et d’essayer de trouver les aides qui me permettraient de le diriger, sans jamais toucher ni à sa bouche ni à son nez.

J’ai bien repris quand un petit veau sauvage nous a foncé dessus, certes – il y avait un fil de fer de l’autre côté et je ne voulais pas qu’il s’emmêle dedans, car il ne le voit jamais. J’ai repris une fois aussi parce qu’il a essayé de brouter, du coup, le garnement… et puis j’ai trouvé autre chose. Je me suis équipée d’une petite badine de noisetier trouvée en chemin, et puisque la jambe ne suffisait pas pour les directions, j’ai commencé à m’en servir pour pousser ses épaules en même temps. Il a cédé parfaitement, et ensuite, c’était bon : il avait compris.

Ça ne signifie pas qu’il ne négocie pas, selon les terrains, mais il a pigé.

Rien ne lui a fait peur – ni les vélos sauvages, ni les engins de chantier. Il a ralenti lorsqu’il n’était pas sûr, a regardé s’il le fallait, mais il est toujours passé sans pression de ma part, sans jamais reprendre les rênes, en parfait petit tank qu’il est.

14721595_1317257908308179_8142689047759103182_n

Là où je galère encore, c’est qu’il ne réagit qu’aux aides et pas au poids du corps. Il réagit bien à la voix également pour les transitions – trotter, ralentir, marcher. Mais je n’ai pas encore trouvé le truc pour l’arrêt.

Ça viendra ; on a le temps.

Jusqu’à présent, je me fichais un peu des séances en “liberté” avec cordelette et compagnie – aujourd’hui, je comprends mieux. Ce besoin d’alléger le matériel pour aller à l’essentiel, être en face de son cheval, sans artifice, lui donner sa confiance sans aucune restriction, et affronter son jugement – voir s’il vous accorde sa confiance totale également.

J’ai profité de cet après-midi avec délice, à trotter sur mon petit poney fjord dans la vallée, les mains sur les cuisses, à admirer le paysage et saluer les promeneurs qui nous regardaient en souriant, ou l’air éberlué.

Et en rentrant le soir, en y repensant, là encore ce matin, en regardant cette petite vidéo où j’entends le bruit doux de ses sabots et où je peux admirer le ballet de ses petites oreilles si attentives, je me sens heureuse, fière et surtout tellement reconnaissante envers ce petit poney doux qui me donne tout. Émue du cœur jusqu’aux yeux.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.