Des nouvelles de Simbad : le check-up véto & bilan locomoteur

Quand tout le monde vous a répété que votre cheval était mou, et que c’était sa nature depuis qu’il était né, ou travaillé, il est difficile de se détacher de cette idée et de se poser les bonnes questions. Mais après deux ans à fréquenter Simbad, je sais que mon poney, ma patate volante, mon tank miniature, est un brave, un courageux, un curieux. Et cette nature elle, ne s’est jamais révélée à la monte, bien que j’ai eu quelques “moments de grâce” avec lui. Il était temps, après tous nos déboires cet été, de faire un bilan locomoteur par une vétérinaire spécialiste et réputée. Le verdict est tombé : arthrose, à 10 ans.

La visite vétérinaire

Ça n’a pas pris très longtemps à la véto pour me dire qu’il y avait un souci, et un vrai. Une petite phrase qui provoque un léger pincement au cœur. Sa boiterie marquée, après 3 semaines de repos, avait disparu – et j’ai vu galoper quelques fois pour prendre son élan dans les bois, comme une biquette qu’il est. Mais cela ne voulait pas dire qu’il était mieux dans ses sabots, et surtout pas avec un cavalier sur le dos.

"Ouais ok mais est-ce que je peux atteindre le foin comme ça ?"
“Ouais ok mais est-ce que je peux atteindre le foin comme ça ?”

L’examen commence par l’étude de sa marche et de son trot, puis des tests de flexion suivi du trot, pour chaque membre. Puis des cercles au trot, pour vérifier la théorie. A ce moment-là, pour la vétérinaire, la mobilité de mon cheval montre déjà un vrai problème locomoteur, et pas uniquement sur l’antérieur qui a boité : il s’agit aussi, et surtout, du dos. Pour elle pas de doute, c’est de l’arthrose. A 10 ans, c’est un peu un choc, même si c’est quelque chose d’assez courant chez le cheval – et l’humain.

Test de flexion et trot sur sol dur. Pas terrible...
Test de flexion et trot sur sol dur. Pas terrible…

Pour confirmer le diagnostic, la véto fait une radio de l’antérieur droit. C’est léger, mais l’équilibre des cartilages entre les phalanges n’est pas bon, il s’affaisse d’un côté ; et l’on voit de toutes petites traces d’arthrose sur le bord de la 1ère et de la 2ème phalange.

IMG_8115
Radio star

C’est le tout début, et il est possible que cela n’évolue pas très vite, mais c’est à surveiller. Le parage devra également être fait en prenant en compte ce déséquilibre. Ça tombe bien, mon maréchal travaille beaucoup avec cette vétérinaire, aime quand il a des radios pour savoir ce qu’il se passe, et je suis sûre qu’il fera au mieux.

La mésothérapie pour traiter l’arthrose

La vétérinaire prend ensuite le temps de m’expliquer quelles sont les traitements possibles pour l’arthrose du cheval, et ce que ça implique. On choisit de commencer par une mésothérapie :

La mésothérapie consiste à injecter sous la peau à l’aide de petites aiguilles, des produits destinés à une action locale, les injections sont sous cutanées peu profondes et multiples et au pourtour de l’articulation. Les produits employés peuvent être des anti inflammatoires, des décontracturants, des vitamines, des oligo éléments et des plantes.

(plus d’infos ici, mais attention, faut pas avoir peur des aiguilles)

L’idée est de décontracter totalement le dos, afin de permettre aux muscles de fonctionner correctement. C’est un cercle vicieux chez le cheval atteint d’arthrose : il a mal, il se contracte, les muscles ne se développent pas, donc sans muscles il a encore plus mal, et se contracte encore davantage… En décontractant, il y a une chance pour que les douleurs s’estompent, et qu’un boulot correct soit suffisant pour retrouver une musculature normale. C’est tout l’objectif, car le dos de Simbad est particulièrement creux, sa colonne saillante.
Et pourtant, il ne s’est jamais plaint…

La véto commence par une petite douche à la bétadine (inutile de préciser que Simbad a adoré…) puis injecte un sédatif, histoire d’endormir légèrement le poney. L’injection se faisant la peau par série de 4 aiguilles sur plusieurs lignes (4 ou 6… j’ai arrêté de compter), il vaut mieux éviter que le cheval se fâche tout de suite. Elle lui met une dose normale, vu que Simbad est du genre à s’endormir à l’attache naturellement. Sauf que… c’est un vrai petit guerrier. Et dès qu’elle injecte, il la met clairement au défi, oreilles dressées vers elle, encolure tournée pour la regarder farfouiller son matériel, tout redressé et fier, commençant à bouger dans tous les sens et à taper du sabot par terre… (!)
Du coup, double dose de sédatif pour Simbad, et là, victoire, il est enfin dans le pâté ; la mésothérapie peut commencer.

Au moins, j’ai un peu rigolé. #sédatifs

Une vidéo publiée par Lucie Piriou (@lucifugae) le

Pour moi, qui a la chance d’avoir des chevaux rustiques et stables, voir Simbad dans un état végétatif avancé et à peine capable de tenir sur ses pattes, ça m’a fait bizarre… Les jambes écartées, oscillant de droite à gauche, partant d’en avant en arrière, avec les jambes tremblantes, les yeux à moitié fermés, c’était très impressionnant.

IMG_8116
“C’est pour ton bien” (mais ça fait mal au cœur quand même)

Une fois la méso faite, il n’y a plus qu’à attendre le réveil… qui prendra presque 3/4 d’heure. Au bout d’une demi-heure, c’est déjà mieux, il manque moins de s’écrouler et vient fourrer sa tête dans mon débardeur, parce que ça permet de se caler et que visiblement, je suis quand même une présence rassurante. Je peux en profiter pour lui faire plein de papouilles, alors que d’habitude, ça l’ennuie un tantinet.

IMG_8119
“Là c’est doux.”

Il recommence ensuite à marcher, aussi stable qu’un poulain qui vient de naître, et à s’attaquer à la pelouse, parce que tant qu’à faire, autant se mettre bien.

Une heure plus tard, je peux le ramener dans son pré, tranquillement. En lui chantant des comptines. So what?

Et la suite ?

Simbad est donc au repos pour la semaine, le temps de voir ce que donne la méso. Trois possibilités :

  • ça marche : et on peut reprendre les sorties et le boulot, en restant à son écoute, et en faisant beaucoup de balades avec du dénivelé, des barres au sol, tout ce qui est recommandé pour (re)muscler le dos d’un cheval
  • ça ne marche pas : il n’est pas mieux, il faudra alors voir ce qu’on fait ensuite. Ça peut être des infiltrations, ou une injection de Tildren. Coûteux, mais a priori, efficace pour un moment.
  • c’est “pire” : la méso révèle une boiterie très importante, cachée jusque là par les contractions et la façon de compenser du cheval. Là aussi, il faudra penser à un autre traitement.

Si la méso marche, et je croise les doigts très fort pour que ce soit le cas, il a toutes les cartes en main pour enfin se muscler le dos. Car notre programme habituel semble totalement convenir : des balades, beaucoup de pas, du dénivelés, des exercices pour lui faire lever les pieds, et l’assouplir en douceur. Et la moyenne également : 4 sorties par semaine, c’est très bien. Il faut surtout l’aider à se muscler dans la durée, et en profondeur, donc ne jamais arrêter les exercices. S’il se démuscle, les contractures et la douleur reviendront. Une recommandation toute fois : il vaut mieux marcher pour chauffer en douceur, puis galoper ; le trot, c’est après le galop.

La vie dehors au grand air, avec leur “paddock paradise” en bas et le sentier dans la forêt, le fait qu’ils marchent beaucoup, ne sont jamais très longtemps immobiles, doivent grimper et descendre pour chercher l’eau et la nourriture… c’est très bien également pour entretenir sa mobilité et sa forme. Là aussi, pas de grands changements à prévoir. Nous sommes particulièrement chanceux…

"La bouuuuuuuffe !"
“La bouuuuuuuffe !”

Ce matin, Simbad est Simbad, il trottine vers sa ration, ronronne comme une turbine et a déjà mordu sa gamelle trois fois. Et rien à signaler côté dos, aucun gonflement, les marques de piqûres ont déjà disparu.

Verdict la semaine prochaine…

La morale de l’histoire

Quoi qu’il se passe, j’aurais appris une chose essentielle : nos impressions, en tant que propriétaires, sont plus importantes que tout le reste. Il ne s’agit pas de se passer du coup d’œil des pros, ils sont évidemment à écouter ; mais si l’on sent que son cheval n’est pas bien, qu’il y a quelque chose de pas net, il faut prendre le temps de creuser, se donner la chance de trouver quelque chose. Ne pas se contenter d’un “oh il a toujours été comme ça”. Il y a des chevaux, comme Simbad, qui prendront toujours sur eux jusqu’à ce que ça soit trop tard.

Depuis quelques mois, son manque de musculature et d’équilibre alors même que les sorties étaient régulières et pas trop faites en dépit du bon sens, m’avait déjà alerté. La boiterie pendant le stage aura été le déclencheur : il était temps. J’essaye de ne pas culpabiliser, parce que je n’ai jamais cessé de chercher ce qui pourrait vraiment être à l’origine de tout ça, mais je ne peux m’empêcher de penser qu’on aurait pu s’éviter quelques semaines de douleurs supplémentaires.

Les chevaux mous, les chevaux agressifs, les chevaux fous, montrent simplement leur mal-être à leur façon, que ce soit parce que leurs conditions de vie ne leurs conviennent pas, ou parce que leur matériel est inadapté, ou qu’ils ont un souci de santé plus profond mais peu détectable…

Là en l’occurrence, ce n’est “que” de l’arthrose, il n’a pas fallu chercher bien loin, mais c’était quelque chose que d’autres professionnels n’ont jamais évoqué. Je ne sais pas du tout ce que l’avenir nous réserve, mais avoir enfin un diagnostic clair, être pris en main et pouvoir songer à des solutions possibles, c’est une sacrée chance.

 

3 Comments

  1. Pingback: De la confiance entre cheval & cavalier » Les Musards

  2. Pingback: Arthrose : le retour du petit monstre » Les Musards

  3. Pingback: 2016-2017 : pas après pas, marche après marche » Les Musards

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.