Mise à pied et repos forcé

L’été est normalement propice aux balades, les terrains sont secs, les chevaux plus à l’aise dans leurs sabots, et on peut monter à la fraîche le soir, le soleil se couchant tard ; pourtant ça ne sera probablement pas le programme de notre été à cheval. Les soucis vétérinaires se sont enchaînées, pour la première fois en deux ans avec Simbad. Rien qui le mette en danger immédiat, mais il m’a quand même donné quelques sueurs froides.

Alerte à la chaleur

Au début du mois, les températures ont grimpé très haut ; durant plusieurs jours, il faisait un temps sec, l’air était chaud, les plantes cramées, le pré commençait à jaunir. Malgré l’abri, l’ombre se faisait rare. Je les ai parfois mis dans le sous-bois pour qu’ils profitent des arbres, à l’abri des insectes, et on a évité les sorties en plein milieu d’après-midi. Malgré du foin, et les compléments habituels, on sentait qu’ils fondaient comme neige au soleil.

Est-ce suite à ça ? Ou autre chose ? Simbad se met à maigrir en quelques jours, et à perdre tous ses muscles. On voit ses côtes, soudain, il a le cuissot flasque, il se traîne dans le pré et mâche à toutes petites bouchées. Je pense à un abcès, une douleur dentaire, mais rien. Il n’a pas l’air abattu, il n’a pas de fièvre, il mange et boit, mais ce n’est pas le poney que j’ai l’habitude de voir. La vétérinaire passe en urgence.

Le maigrelet qui s'en met quand même plein la panse
Le maigrelet qui s’en met quand même plein la panse

Après une copro et un prise de sang, on découvre une belle infestation malgré les vermifuges à jour. Rien au foie, rien aux reins, mais côté musculaire, la prise de sang montrent des taux anormalement élevés. La véto ne ne sait pas vraiment expliquer tout ça, pour elle c’est une sorte de coup de sang, quelque chose qui l’aurait énormément stressé ou paniqué dans son environnement. Je cherche, mais je ne vois pas quel événement aurait pu provoquer tout ça… Ni en balade, ni à la maison. La nuit ? Aucun indice.

Le bon côté de la chose, c’est que Simbad est un petit guerrier miniature, et qu’il a déjà commencé à reprendre du poil de la bête. Il reste creux mais mange bien, et son œil est plus vif ; il recommence à ronronner quand j’arrive au pré, et a même donné un bon coup de dents à sa gamelle – les choses rentrent dans l’ordre. Pour la véto, il pourrait se remettre tout seul, mais on le dope quand même en vitamines E notamment pour les quelques semaines à venir. Pour le reste, vermifuge à nouveau, et rien de particulier.

Au passage, elle me confirme que sa ration est super bien en apports, et qu’il n’a aucune carence à part celles liées à cet épisode. Ma cantine de proprio n’est donc pas trop mauvaise !

Un stage d’équitation vite arrêté

J’avais prévu de longue date un stage d’équitation avec Simbad en fin de mois : 4 matinées à bosser un peu de tout sur le plat et un peu de saut. C’était l’occasion, pour nous qui nous baladons beaucoup, de retrouver le bac à sable et surtout d’avoir un œil neuf sur nous deux. La vétérinaire ayant donné son go, j’ai donc maintenu, sachant que l’effort ne serait pas inconsidéré non plus.

Je prends des cours avec d’autres chevaux régulièrement, mais ça n’est pas pareil : avec le sien, on fonctionne souvent comme un vieux couple, conscients des défauts de l’autre, en palliant à ceux-ci avec nos propres habitudes, et en négociant comme on peut. Or je sais que j’ai de très nombreux défauts à corriger, qui n’aident pas Simbad à se porter correctement.

Le premier jour, cours de saut principalement. Simbad est mou, il est lourd, j’ai un tank et 12 kg dans les mains, et je ne comprends pas ce qu’il m’arrive. Est-ce que c’est le regard des autres ? Est-ce la carrière qui le braque, ou la présence d’autres chevaux ? Le côté cours qui lui donne envie de fuir ? Il ne se lève pas, il ne se porte pas, il plonge. Je mets ça sur le compte de la fatigue, après son épisode d’amaigrissement violent du début du mois. Pourtant il a commencé à reprendre doucement, mais l’énergie n’est pas là.

IMG_7618[1]
On termine sur un petit tour en forêt où il se comporte de façon exemplaire avec la jeune fille à qui je le prête… mais n’avance absolument pas. En même temps, est-ce Simbad avance avec quelqu’un d’autre que moi ? Pas sûr. Un vieux couple, vous dis-je.
Quand on rentre tous les deux par les bois, il est oreilles en avant, plutôt content, presque allant. Je ne sais plus trop, du coup, s c’est l’énergie qui lui manque ou si c’est l’envie.

IMG_7621[1]
Oreilles en avant et regard mignon
Le deuxième jour, c’est exercices sur le plat, avec au programme beaucoup d’assouplissements. Et c’est là que ça se gâte. Mes mains sont mauvaises, surtout à gauche, je n’accompagne pas, je le freine ; mais au-delà de ça, j’ai un Simbad dans le pire du pire, qui pèse lourd, n’avance pas, traîne des postérieurs, met le nez en l’air, se creuse. Je n’arrive pas à gérer.

Je le prête à ma monitrice et là le constat est clair : il y a un truc qui cloche. Il est irrégulier au trot, elle pense à l’épaule droite ; je trouve que les postérieurs sont à la traîne aussi. Elle fait à peine un demi tour de carrière. Ce que je ressentais depuis un moment, cette gêne, est flagrante avec quelqu’un d’autre – quelqu’un de plus grand – sur le dos. J’ai envie de me coller des baffes pour ne pas l’avoir vu plus tôt. On arrête tout et on rentre à la maison.

Ça, c'est pas une belle allure...
L’air super ronchon qui veut tout dire…

L’ostéo est pourtant passée 10 jours avant, et n’avait rien vu de particulier, à part une diagonale un peu faible, et la coxo-fémorale gauche bloquée dont elle s’est occupée.

Entre ça et l’épisode des semaines précédentes, je décide d’arrêter les frais et de le laisser tranquille au pré quelques temps.

Du repos, du repos

J’ai hésité à rappeler l’ostéo, et je me suis dit que non, c’était l’occasion de voir ce qu’il se passait vraiment là-dessous. Au printemps dernier, j’avais déjà vu qu’il était coincé, mais l’ostéo l’avait bien débloqué. Et là, à nouveau. Je n’ai aucun souci à faire passer l’ostéo tous les ans, c’est normal, mais s’il y a toujours la même chose, toujours le même blocage… j’ai envie d’en savoir davantage. Avec l’espoir de comprendre enfin ce qui ne va pas.

J’entends souvent les gens s’amuser ds poneys “qui ont une bouche en béton” et “qui n’avancent pas”. Et ça ne me fait plus tellement rire. Certes, il y en a : les poneys font souvent les frais de nos erreurs de débutants, et en club, un poney a souvent la tronche en l’air et ne réagit plus vraiment aux jambes. Même si certaines cavaleries sont nettement plus préservées que les autres, on ne peut nier qu’un débutant est lourd en selle, tire, se mélange les pinceaux, ne sait pas se servir de ses jambes. Des poneys qui ont des allures de traîne-patins, ne font jamais les coins, et suivent en baillant les copains. Tous ces gentils chevaux qui nous portent et nous supportent, et nous apprennent tout ce qu’on finira bien par savoir.

Certes. Mais ce n’est pas Simbad.

Petit poney toujours curieux !
Petit poney toujours curieux !

Simbad a ses défauts, mais il a surtout plein de qualités. Il est curieux, ouvert, il communique, il aime se balader. Jamais je ne l’ai vu rechigner à partir ; s’il a souvent l’air endormi à l’attache, c’est un super compagne pour nos aventures en extérieur. Il part seul, il passe partout ; il ne bloque pas. Il est gentil et franc, rassurant pour n’importe qui. Il a parfois ses peurs à lui, ses moments d’inquiétude, mais il n’a jamais été dangereux ou bête. Il est brave, et il adore la nouveauté. Il part en balade sans rechigner, et n’accélère pas pour rentrer. Il appelle le copain au départ, parfois – jamais à l’arrivée. On part parfois se balader seuls pendant plusieurs heures, il n’a jamais montré de signes d’impatience. Il négocie parfois dans les nouveaux chemins, mais bien moins que d’autres. Il n’a absolument pas la bouche dure, et puis de toute façon on est maintenant en side-pull et il n’a pas changé de comportement ; et à part dans le bac à sable, je n’ai jamais l’impression de lourdeur dans les mains. Il apprend extrêmement vite – il s’ennuie vite aussi, parce qu’il pige tout.

20160724-ssroscoat-19

C’est vraiment un compagnon adorable. Mais son comportement général ne colle pas avec ses allures. Sa façon de traîner des pieds, de refuser l’effort, de retomber toujours dans l’allure inférieure surtout dès qu’on passe à quelque chose de rapide, ne colle vraiment pas à son caractère. Pas en extérieur, en tout cas.

Dans l’attente d’une vétérinaire

J’ai l’impression qu’il y a une gêne, une douleur, quelque chose que je n’ai pas vu – et que les ostéos & vétos n’ont pas remarqué non plus, en dehors ses simples blocages habituels.

Mon maréchal m’a recommandé une vétérinaire spécialiste locomoteur, qui a semble-t-il bonne presse dans la région ; elle passe dans deux semaines. J’ai hâte d’avoir son avis, de pouvoir creuser avec quelqu’un qui va vraiment s’en occuper et pas me dire “oh les poneys c’est comme ça”. J’ai envie de le soigner, et de mettre toutes les chances de son côté.

En attendant, c’est repos au pré, et bêtises parce qu’il pleut. Ce n’est pas un parapluie qui va l’effrayer, mon tank miniature.

"Hey ça protège de la flotte ton truc ? Cool !"
“Hey ça protège de la flotte ton truc ? Cool !”

Deux semaines…

One Comment

  1. Pingback: Des nouvelles de Simbad : le check-up véto & bilan locomoteur » Les Musards

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.